mai 30, 2026

Deux mois après les élections municipales, le patron du groupe d’opposition municipale GORG prend ses marques et impose son style tant à la ville qu’à la métropole. Méthodique, compétent et précis, Clément Chappet, pas encore trentenaire (29 ans), sait également manier l’humour et le second degré. Respecté par ses équipes tout autant que par ses opposants, l’ancien bras droit d’Alain Carignon incarne sans conteste le présent comme l’avenir d’une droite libérale, concrète et modérée, bien éloignée des penchants identitaires et en phase avec le réel. 

Que retenez-vous des 60 premiers jours du mandat municipal de Laurence Ruffin.

Clément Chappet « Au bout de ces soixante jours, on observe une absence totale de rythme. Il ne se passe rien et en réalité on va arriver au 100 jours, agenda que Laurence Ruffin s’est fixée sans trop savoir pourquoi, et il n’y aura rien. Une partie conséquente de ce que la mairie porte ou tente de nous vendre provient de l’héritage du mandat précédent que la maire actuelle se réapproprie. Avec de nouveaux noms, une cosmétique revisitée afin de donner l’illusion de la nouveauté mais toutes ces gesticulations ne dupent personne. Le bilan de ces 60 jours sera constitué de paniers bio pour les femmes enceintes, d’une rue ou eux colorées de rubans, d’une baignade dans l’Isère aux derniers jours d’aout. Au-delà ? Un terrain vague et creux ou là majorité municipale s’ébroue et tâtonne dans la perspective de réfléchir, de porter, de penser à d’hypothétiques lancements d’annonces qui n’entraineront aucun effet concret. Pour ces chimères, la mairie communique beaucoup, sentant que les Grenoblois commencent à avoir des attentes. Une réalité qui est d’ailleurs à moitié assumée puisque Laurence Ruffin explique qu’ils élaboreront un plan de mandat pour l’automne, alors qu’ils sont élus depuis plus de deux mois après avoir été candidate depuis deux années. Il n’échappe à personne que tout cela est bien léger. D’autant plus qu’une partie significative de son équipe était déjà aux affaires de la ville lors du mandat précédent. Fort de cette constatation, les habitants étaient en droit d’attendre un peu plus de préparation, de professionnalisme. Les problèmes de logement, de sécurité, de propreté, de finances, d’imposition, auxquels les Grenoblois sont confrontés quotidiennement ?  Des « petits irritants » selon madame Ruffin. Aucune modification de trajectoire, aucune leçon tirée des contextes, aucun constat solide après une campagne soi-disant de proximité, à l’écoute des habitants ». 

Vous aviez déposé un référé contre le concert donné dans un équipement municipal qui était destiné à financer la détention de personnes incarcérées pour le meurtre de Quentin Deranque. Le tribunal administratif a débouté cette demande. Quel regard portez-vous sur cette décision ?

C.C. « Nous avons tiré sur tous les leviers activables pour tentr de faire en sorte que ce concert n’ait pas lieu. Nous avons commencé par saisir madame la maire, puis madame la Préfète, nous avons également alerté les médias sur ce sujet. En dernier recours, nous avons saisi le tribunal administratif par un référé. Le juge a décidé qu’il n’avait pas à interdire ce concert. En réalité, ce qui est très décevant, c’est que cette action a dû être menée parce que tout cela se déroule dans des locaux municipaux. Dans des locaux municipaux qui sont occupés et squattés sans droit ni titre par des groupuscules militants radicaux dont certains de la majorité se juge proche, ce qui justifierait cette complaisance. Des groupuscules militants radicaux qui là, ce faisant en tenant un concert de ce genre font de facto l’apologie de la violence. C’est ce motif qui nous a conduit a déclenché tout ce processus. La tenue de ce concert est pour nous d’une indécence et d’une immoralité indicibles ». 

Votre groupe partage l’opposition à la ville centre avec le groupe LFI. Selon vous, le groupe présidé par Allan Brunon est-il un groupe de réelle opposition à la majorité municipale ?

C.C. « Cette fusion technique est totalement illisible pour les Grenoblois et les Grenobloises. Les Insoumis se font élire sur une liste commune au second tour. En découle une forme assumée de complicités notamment sur le sujet de la commission des finances, qui revient traditionnellement à l’opposition dans un souci d’équilibre politique. Là, on constate une opposition hybride, amie ou ennemie en fonction des sujets. Car il faut rappeler à l’envie que les Insoumis faisaient partie de la liste de la majorité, lors de l’élection municipale. On peut également évoquer la délibération concernant cette charte de résistance, lors du premier conseil municipal de fin avril. Une délibération de pure intention, très militante. Plus loin, il y a eu la fracture liée à la séquence métropolitaine où Laurence Ruffin a tourné le dos un peu contre son gré à LFI.  Ce fait que maintenant LFI essaye de durcir le ton, mais de manière extrêmement politicienne. On l’a vu sur le vœu de fermeture de classe où en réalité tout le monde était d’accord sur le fond, mais par considération purement politicienne. LFI a choisit de jouer la carte de la différenciation avec une hypocrisie monstrueuse parce que, encore une fois sur le fond tout le monde était d’accord.  LFI tentait de trouver des postures pour justifier un désaccord complètement artificiel. J’ai le sentiment que tout ça va vite atteindre ses limites, que les gens se rendent bien compte de ceux qui sont cohérents et qui sont sincères dans leurs idées dans ce qu’ils défendent et de ceux qui sont là pour instrumentaliser les choses. Les Insoumis grillent leurs cartouches rapidement en montrant quelle est la réalité de leurs ambitions à savoir jouer des campagnes électorales, qu’elles soient présidentielles ou législatives et qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général de Grenoble ».

Ou en est votre candidature à la commission des finances à la Métropole ?

C.C « J’ai décidé de candidater pour la commission des finances de la métropole pour plusieurs raisons.  La première c’est que la métropole a une trajectoire financière similaire à celle de la ville de Grenoble. A savoir que nous sommes en train de vivre un accroissement des dépenses de fonctionnement et un endettement croissant tous les ans, ce qui donnera lieu à de nouvelles hausses d’impôts si on ne corrige pas le tir. Concernant ces hausses d’impôts la métropole peut s’appuyer sur deux leviers fiscaux. La CFE qui va tabasser les entreprises et les commerçants et la taxe foncière, avec une part de taxe foncière qui impactera immanquablement les particuliers. Nous, nous souhaitons éviter ça. En parfaite cohérence avec ce qui était le cœur de notre programme financier, que ce soit à la ville centre ou pour la métropole. Donc en cohérence, nous revendiquons la présidence de cette commission des finances parce que si on veut effectuer un contrôle effectif de cette trajectoire financière de la Métro où l’équipe reconduite est la même que celle des deux précédents mandats, notamment en finances, il faut que cette fonction revienne à un élu d’opposition qui lui, n’aura pas de gage à donner à une majorité.  Et de tous les groupes d’opposition, il y en a trois la métropole, arithmétiquement, au suffrage populaire, nous sommes le plus représentatif, fort de la légitimité de 22 297 métropolitains. Quand le deuxième groupe d’opposition qui sont ceux de la France insoumise représente 7000 électeurs sur leur projet. Nous voulons éviter de laisser les clés de la métropole à La France Insoumise, comme cela se pratique à la ville centre ou LFI a obtenu la commission des finances, un poste de senseur chez GEG, etc… du fait de cet accord technique avec Laurence Ruffin. A la métropole, il est encore temps de trouver un schéma de gouvernance qui soit beaucoup plus apaisé. Je pense d’ailleurs que c’est également la volonté d’une majorité d’élus métropolitains ». 

Quel souvenir conservez-vous de l’élection métropolitaine ?

C.C. « Je pense qu’il y a eu un malaise heureux si je puis me permettre l’expression. Sans le malaise de Guillaume Lissy, nous allions tout droit vers une gouvernance métropolitaine sous la houlette de la France insoumise parce qu’il y a un accord technique qui avait été conclu juste avant la reprise de la séance. Le report de la séance au 30 avril a permis aux maires d’échanger et d’aboutir à un accord de gouvernance pour éviter cette mainmise de la France insoumise. Ce qui pour nous est une très bonne chose. Maintenant, ce qu’on observe depuis deux conseils métropolitains, c’est que sur le fond des sujets, il n’y a rien de résolu. Nombre de postes et de délégations clés de vice-présidents ont été confiés à nouveau à des vice-présidents qui ont un bilan et qui sont porteurs d’une politique idéologique qui, à notre sens a été un échec durant les des deux précédents mandats.  On remet donc les mêmes en selle, donc on semble comprendre, bien que nous ne soyons pas encore aux sujets de fond, que les orientations vont être similaires aux précédents mandats. 

Alors certes, ça va peut-être être une gouvernance où on discute plus, peut-être plus ouverte mais si sur le fond des sujets et en premier lieu le sujet des finances, on n’assume pas une rupture nette pour éviter des hausses d’impôts et pour ensuite avoir des marges de manœuvre pour investir et pour mener des politiques qui soient différentes sur le logement, l’accessibilité, les mobilités sur le commerce par exemple. Si on n’assume pas d’avoir une autre ligne politique, on ne pourra pas faire de miracle.  Notre groupe sera très vigilant sur le sujet financier en premier lieu, parce que la métropole doit trouver 10 millions d’économies sur ce budget en urgence d’ici septembre. Et ensuite vote par vote, non, délibération après délibération, nous agirons en cohérence avec le programme que nous avons défendu qui est le même entre la ville centre et la métropole ».

— Sébastien Mittelberger
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