Guillaume Lissy monte en G.A.M
A 47 ans, le maire de Seyssinet-Pariset, Guillaume Lissy, accédait le 30 avril dernier à la présidence de Grenoble Alpes Métropole. Alors que les occasions ne manqueront pas de le questionner sur les axes de son projet pour le mandat en cours, le nouveau président de la Métro s’exprime ici sur ses origines et sur son parcours.

Guillaume Lissy
Quelles sont vos origines ?
G.L. « Mon père est du sud des Hautes-Alpes, de la région d’Aragne, ma mère a grandi à Fontaine. Ils se sont rencontrés dans un bal quand ils étaient très jeunes. Ensuite, j’ai grandi à Gap. Ma mère est fille d’un résistant communiste déporté. Il est décédé bien après son retour des camps, sans s’en être jamais vraiment remis. Ma mère était alors très jeune. Mon père est le fils d’un artisan électricien. Il deviendra agent EDF. Classe moyenne, délégué syndical. Ma mère vient d’un milieu très populaire et elle a fait différents métiers comme tenir des bistrots, ou encore chauffeur de bus. Puis mes parents ont divorcé et ont refait leurs vies chacun de leurs côtés. S’en est suivit une famille recomposée, assez classique, comme bien des familles. Des gens ordinaires, très simples, qui ne tirent aucune gloire de leurs parcours mais qui sont là, aimants et disponibles ».
Quel a été votre parcours scolaire ?
G.L. « Je me suis orienté vers le droit. Maitrise de droit public puis DESS. J’étais déjà intéressé par la gestion des collectivités locales avec un gout particulier pour l’urbanisme. Très tôt, j’avais cette fibre politique. Je voulais travailler pour des élus, participer à rendre les convictions applicables au quotidien, enrichir les politiques publiques mais je n’avais pas encore de vision précise sur la trajectoire que j’allais donner à ma vie professionnelle. Mes camarades allaient rejoindre la magistrature, devenir policiers ou encore dans d’autres domaines. Nous étions nombreux à avoir ce gout d’être au service des autres. Pour ma part, le lien avec la politique était déjà là ».
Militant.
G.L. « J’ai grandi avec un père délégué syndical. Alors que j’étais encore enfant, il m’emmenait avec lui lors de manifestations ou dans des réunions, le soir. Assez jeune, j’ai adhéré à Ras l’front, dont l’objectif était de lutter contre le Front National pactisait avec la droite pour étendre leurs politiques, avec notamment la volonté de prendre des régions. Mon militantisme trouvait sa source dans l’histoire familiale, ma volonté était de participer à poursuivre des luttes et ma formation de juriste devait permettre de positionner le droit au service de l’esprit, de construire collectivement des règles pour mieux vivre ensemble. J’étais donc programmé pour que ma culture politique soit engagée à gauche ».
Le PS.
G.L. « Pour mon premier vote à une présidentielle, j’ai voté Robert Hue. Préalablement, alors que j’étais étudiant en droit, j’avais participé à quelques meetings de la LCR, parce que j’avais une vision très ferme de ce que devait être la répartition des richesses et l’égalité.Et c’est après le 21 avril où je n’ai pas voté Jospin. En 2002, j’ai 24 ans, je suis très jeune. Et donc je n’ai pas voté Jospin et je m’en suis mordu les doigts parce que je pouvais être assez sévère sur ce qu’ils exprimaient quand ils disaient que son projet n’était pas assez socialiste, sur un certain nombre de choses, notamment en rapport à des privatisations. Quand on regarde avec le recul, on se dit que c’était une époque dans laquelle la gauche essayait d’être au service. Et puis avec une rigueur intellectuelle. Donc, le 21 avril 2002, Le Pen est au second tour. Comme tout le monde, je suis dans la rue. Je m’interroge. C’est bien d’être dans la rue mais il ne s’agit pas de crier sa colère dans la rue et puis de râler devant la télé. Il faut essayer de prendre ses responsabilités. En 2003, je décide d’adhérer au PS, avec l’objectif non pas de changer par rapport à la vision que j’ai de la gauche, mais d’essayer d’apporter ma pierre à l’édifice en essayant d’être utile de l’intérieur, plutôt que de critiquer à l’extérieur. Donc c’est comme ça que je rentre au PS. A la fédération grenobloise. Je commence là, j’avais quelques contacts MJS dans les Hautes-Alpes. Et puis j’ai fait mes études à Aix-en-Provence pour mes premières années, puis la dernière à Lyon puisque j’ai rejoint ma femme qui était à l’école d’infirmière à Vienne ».
La carrière politique.
G.L. « Moi je sais que j’aime ça, je sais que je peux être utile, c’est aussi un temps dans lequel, avec humilité, on apprend beaucoup. On a une formation, On nous donne des éléments pour structurer notre manière de réfléchir. A cette époque, le PS réfléchit encore un peu ce qui n’est pas forcément toujours le cas aujourd’hui. Mais là quand même, en 2002 il y a des choses qui se passées. L’alerte est là, forte. Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle, forcément, cela a bousculé l’édifice. Dans la foulée, je deviens attaché parlementaire de Didier Migaud. Je ne savais pas trop où je mettais les pieds, c’était un boulot, j’étais jeune Et en fait je découvre quelqu’un qui me transmet beaucoup en termes de méthode et d’attention portée aux autres. C’est étonnant parce que quand on parle de Didier Migaud, on se rappelle le dirigeant qu’il a été, mais moi donc je travaillais pour lui à la permanence parlementaire et il était assez fascinant sur sa rigueur à n’oublier personne et il passait ses week-ends entre la Mathésine, l’agglomération, l’Oisans et tous les lundis matin on avait des petites notes : J’ai vu dadame untelle, j’ai vu monsieur untel. Il y a ci, il y a ça. Avec vraiment une constance à essayer de n’oublier personne et d’être attentif à chacun et donc ça pour moi c’est d’un point de vue humain comme d’un point de vue professionnel si on peut dire et politique. C’est très structurant parce que ce sont des choses qu’il tenait lui-même de Louis Mermaz. Et je pense que c’est aussi une la proximité, l’attention portée aux autres, connaître chacun. Ça sera très formateur ».
La carrière politique, saison 2 : Maire.
G.L. « Je deviens maire au bout de 10 ans et deux mandats passés dans l’opposition. La gauche se bat pendant 40 ans pour accéder aux responsabilités, le sillon se fait dans le temps. On ne gagne pas une élection du jour au lendemain. Il faut travailler, connaître les gens, essayer de les aider de les accompagner, essayer d’entendre leurs remarques et tout ce qu’ils peuvent avoir à dire. Donc je gagne la mairie aussi parce que j’ai tracé, j’ai noué ce lien enrichit de confiance et de proximité. C’est alors que parallèlement, je vais travailler avec Marie-Noel Batistel. Quitte à enfoncer des portes ouvertes, le mandat de maire, tout le monde le dit, mais c’est un mandat formidable. Un maire, c’est un citoyen choisi parmi les citoyens pour gérer les affaires communes. Donc il ne faut pas se prendre pour un autre, il faut être là au milieu des gens et essayer de faire avancer les choses. Et c’est ce qu’on a fait avec l’équipe. On a essayé de tenir nos engagements et porter vraiment l’image de la proximité en étant sincère, direct et simple. Nous avons tenu nos engagements malgré des difficultés budgétaires qui sont réelles. Ce qui est important dans le mandat de maire, c’est que l’idéal rencontre le réel et que quand on est maire d’une petite commune de 12 000 habitants, il faut avoir des valeurs, il faut avoir des principes, il faut avoir une ligne, un cap, mais on est toujours face à des réalités très concrètes. On peut vouloir faire du logement social et il faut en faire, mais on sait à quel point les contraintes sont pesantes. Et finalement ce qui est important, passionnant, c’est d’amener une équipe dans ce cheminement, encore une fois entre l’idéal et le réel ».
La carrière politique, saison 3 : La métropole.
G.L. « J’avais intégré d’abord la métropole quand j’étais dans l’opposition municipale, puisqu’à l’époque, nous avions trois sièges. En 2014, et donc j’étais président du groupe socialiste quand même à l’époque voilà et c’est le premier contact avec la métropole qui se construit et puis après il y a eu le mandat dernier sur lequel j’ai été maire, donc je me suis surtout concentré sur mon mandat de maire pour tout en étant ici pour délibérer, mais je n’avais pas d’implication particulière à la Métro Et ce troisième mandat qui a un regard un peu visage. 2014, c’est l’arrivée de Christophe Ferrari en tant que président de la Métropole et d’Éric Piolle en tant que maire de la ville centre. C’est une nouvelle génération qui arrive aux responsabilités. Une génération forte, avec des idéaux assez partagés sur un certain nombre de domaines. Le territoire accède à une nouvelle énergie. Une dynamique palpable d’abord d’un point de vue institutionnel. Avant 2015, même si elle était puissante en raison de son périmètre, la Métro demeurait un syndicat de communes. Dès lors du passage de la Métropole en EPCI, la loi impose des transferts de charges et le changement de statut, beaucoup plus intégré, avec des missions qui lui sont propres et une vision politique qu’il faut défendre. Ce qui avait été porté par le tandem Ferrari-Piolle à l’époque, c’était d’avoir une majorité politique pour porter des projets de transformation sur le territoire. Une démarche qui semble bien fonctionner parce qu’un travail considérable est réalisé, avec une convergence réelle entre Piolle et Ferrari. Politiquement le boulot est là. Pour avoir participé à leurs échanges en tant que président de groupe, j’ai pu observer que c’était une époque dans laquelle il n’y avait pas de problème de personnes, nous étions uniquement sur du fond, seulement sur des politiques publiques à mettre en œuvre. Et le vrai défi qu’a relevé et réussi Christophe Ferrari, c’était de transformer cette intercommunalité un peu réduite en une métropole puissante et efficace. Ce qui a effectivement changé du tout au tout en termes de nature, de nombre d’agents, y compris en termes de structuration ».
Monsieur le Président …
G.L. « La Métropole est une immense machine. Cela peut paraitre parfois un peu effrayant. Je considère cette nouvelle responsabilité avec beaucoup d’humilité, en cherchant des appuis partout où je peux en obtenir. J’ai été choisi parce que je pouvais, je le crois, être capable de faire du lien dans une assemblée qui est assez fragmentée, unir la gauche d’abord qui s’est rassemblée et dont je tire ma première légitimité. Ce qui n’est pas forcément évident ou simple et à qui je suis redevable. Ensuite, il s’agit de travailler avec des élus d’autres territoires. Mon parcours, ma sensibilité, les liens personnels que je peux avoir avec certains, sont autant d’atouts qui ont fait que je peux être ce trait d’union. Je le répète à l’envie, je ne suis pas un super héros, j’aborde cette fonction non pas comme un pouvoir mais en pleine conscience de la responsabilité qu’elle oblige auprès de tous et toutes en étant vigilant à ce que les gens se parlent pour mener du mieux possibles les politiques publiques. Depuis mon élection, je ne dors pas forcément toujours très bien mais je sais que nous allons essayer de faire le mieux possible pour l’intérêt général. Car le défi est double. Il est indispensable de générer du lien pour que tout le monde travaille, ensemble, dans le même sens et en même temps il faut porter une image de la métropole vers l’extérieur, en direction des habitants. Il faut leur rappeler que la métropole joue un rôle capital dans le quotidien, mais qu’elle doit aussi gagner en proximité avec des élus qui doivent être présents. Ensuite vers l’extérieur vers les partenaires, les autres collectivités, montrer que la métropole de Grenoble peut et doit peser. Je suis le maire de Seyssinet-Pariset, une commune moyenne. A ce titre, je connais le sens que de porter cette parole-là. Celle du collectif, parce que j’ai pu constater qu’on a souvent opposé l’intercommunalité et les communes alors que de nombreux projets mais également de nombreuses actions du quotidien ne peuvent pas être réalisées sans le concours de la métropole. Me concernant, j’ai la culture du collectif chevillée au corps. Je ne suis pas seul. Il y a du monde autour de moi, des équipes, des élus qui vont porter ce projet ».
Quelles sont les émotions que vous procurent ce nouveau mandat ?
G.L. « Les émotions sont contradictoires. J’ai encore du mal à exprimer une joie profonde quand j’observe l’ampleur de la tâche et des difficultés auxquelles nous sommes et allons être confrontées. Ce qui est désormais là est bien plus une démarche de responsabilité que d’épanouissement personnel. C’est certainement plus simple de rester le maire de Seyssinet-Pariset. Un périmètre où je connais les gens et ou je sais où je veux aller avec une équipe que j’ai composée. C’est en effet plus confortable. Là je suis un peu plus dans l’incertitude, dans une zone plus inconfortable mais en même temps il y a un immense défi à relever. La vie c’est aussi ça. Tenter de mettre toute son énergie, toute sa personne à être utile là où c’est possible, nécessaire, indispensable. Si mes proches, ma famille sont fiers de mon parcours, de ma trajectoire, cela me rend forcément heureux et fier mais cette fierté s’efface très rapidement derrière la tâche à accomplir car accéder n’est pas grand-chose quand il faut ensuite transformer l’essai et réussir ce pour quoi nous avons été placés là. En l’occurrence à la tête de Grenoble Alpes Métropole. Nous vivons une époque durant laquelle les gens observent leurs responsables politiques avec le prisme laissé par leurs ambitions personnelles alors que nous sommes élus pour faire évoluer les politiques publiques et servir le bénéfice des populations. Mon propos ne se construit pas de langue de bois, d’éléments de langage préfabriqués ni de postures. Ma manière de m’exprimer, de communiquer et de travailler part systématiquement d’une réflexion, d’une action collective ».