
Le maire de Pont De Claix, qui fût pendant douze années président de la Métropole Grenobloise revient vendredi siéger au conseil Métropolitain en sa qualité de conseiller, représentant sa commune. Un retour attendu par la plupart de ses collègues, sans doute redouté par quelques-uns puisque que c’est la première fois, dans cette noble assemblée qu’un ancien président siège aux côtés des siens. Christophe FERRARI s’exprime ici sur son passée récent, sur son présent et sur son avenir. Grave et joyeux, démontrant qu’un homme libre n’est pas forcément un homme seul.
Comment allez-vous ?
Christophe Ferrari « Je suis plein d’idées et d’énergie. Avec une forme de sérénité sur les choses de la vie. Émerveillé par le spectacle quotidien de mes enfants. Les observer être si pertinents et parfois impertinents à mon égard est un bonheur de chaque jour. A Pont De Claix, je bénéficie d’une très belle équipe municipale, avec de nouveaux profils, très ancrés dans la société avec des commerçants, des artisans, des personnalités provenant de secteurs très différents et de tous âges. Une équipe et des collaborateurs dont je suis très fier ».
Comment envisagez-vous votre avenir politique ?
C.F. « A 9 mois des échéances présidentielles et législatives, il convient naturellement de penser aux graines à déposer. Je suis un peu une synthèse de ce qu’est cette quatrième circonscription. J’ai conservé des liens très étroits avec ce territoire et notamment la Matheysine. A vous répondre, il va être capital d’observer ce qui sortira de la séquence présidentielle. Et si, me concernant, planifier un agenda politique est audacieux, constatons que tout reste très ouvert. Toutefois, mon énergie et mon expérience de la politique me poussent à penser que je peux être utile dans nombre d’endroits. Je choisirai en temps souhaité d’être à l’endroit précis où je considérerai qu’il y a des actions à porter et des choses à transformer. Je considère que l’action politique est majuscule. Et toutes celles et ceux qui l’incarnent doivent avoir à l’esprit que nous sommes là où nous sommes pour transformer, bâtir, construire ».
Dans quel état d’esprit votre retour s’inscrit-il ?
C.F. « Je reviens dans l’hémicycle porté par un esprit joyeux et plein d’énergie. Je suis heureux de retrouver mes collègues dans une assemblée que je connais bien dans ce qu’elle est et plus encore ce qu’elle est devenue. La Métropole est un véritable lieu de débat, même dans ce qu’elle contient d’opposition, car c’est aussi dans ces joutes que se déclarent des énergies, celles de la contradiction qui est un des fondements de la démocratie. Je reviens donc en ma qualité d’élu métropolitain représentant la ville de Pont de Claix avec, en plus, douze années de présidence de la Métropole et 6 ans de vice-président. Depuis 18 ans, une longévité qui me confère une expérience assez unique quand il s’agit de témoigner de la puissance des services de la Métroplole. Plus loin, j’aimer dire que je reviens avec une totale liberté avec des points de vue qui seront toujours orientés vers l’intérêt du territoire et de ses acteurs. Mais là encore, je ne m’interdirai aucune intervention sur aucun sujet. Une liberté qui m’est donnée par la légitimité que j’ai de pouvoir exprimer les choses ».
V’ ENCOR’ EX
C.F. « L’avenir du site de Vencorex sera un des grands sujets de ce mandat. A l’échelon local bien-sûr mais également à l’échelon Métropolitain. Je me suis toujours retrouvé à être confronté à des combats politiques qui ne cessent de me rappeler d’où je viens et qui je suis. Mes parents ont quitté la Mathésine, ce cœur de la 4° circonscription parce que les mines ont fermé. Mon père était mineur de fond, issu d’une famille communiste très engagée. A son arrivée à Pont de Claix, il a été recruté sur la plateforme chimique. Cet ancrage, cette filiation, cette histoire, mon histoire témoigne que je suis un enfant de cette plateforme chimique. Mon père a travaillé ici, dans les pires ateliers possibles, au point que les médecins de la plateforme chimique auscultaient ma mère, comme d’autres femmes, afin de savoir si les grossesses se déroulaient dans de bonnes conditions, tenant compte de l’exposition des salariés aux produits chimiques. Je devrais donc porter un regard d’une grande sévérité concernant ce site industriel. Pourtant, il n’en est rien car cette une histoire commune, celle de notre territoire et de celles et ceux qui le composent. Mon devoir était de porter au plus haut ce sujet industriel. Je l’ai porté avec des gens extraordinaires, je pense à Séverine Dejoux, aux syndicats, notamment à la CGT, je pense à Sophie Binet qui a été très impressionnante dans sa détermination. Nous avons démontré alors qu’un territoire pouvait défendre son avenir. Encore fallait-il qu’il soit entendu, écouté, soutenu. Exception faite du ministre Sébastien Martin, qui, s’il avait été là dès le début de la crise, serait sans doute parvenu à le régler.
VENCOREX est selon moi, la « NOTRE DAME DE PARIS » de l’industrie française et j’ai le devoir de continuer de porter l’avenir de Vencorex, à tous les niveaux, que ce soit auprès de la commune de la Métropole jusqu’aux plus hauts échelons de l’État. Nous devons transformer cette situation en opportunité historique pour le territoire et pour la Métropole. Je suis le seul à pouvoir le porter. Ni le Président Lissy, ni la Députée Batistel n’ont été au centre de ce contexte ».
Quel bilan tirez-vous de l’accompagnement métropolitain en matière de transitions ?
C.F. « Le premier mandat 2014-2020 a été un exemple en la matière. La France entière aurait pu et dû s’emparer de cet exemple. Cette émulation de toutes les sensibilités de la gauche avec notamment l’énergie des écologistes, avec Éric Piolle et ses équipes a générée une productivité absolument incomparable dans une vision du territoire incroyable. Ce qui a pu se réaliser dans le second mandat (2020-2026) a été le produit, le résultat de ce que nous avons tous semé. Nous avons construit une politique dans laquelle les transitions étaient l’architecture, la colonne vertébrale de l’ensemble. Je considère la question des transitions comme le véritable sujet de contrat social collectif. De l’ouvrier ou cadre dirigeant, de l’habitant des QPV à des propriétaires mieux dotés, toutes et tous doivent apporter leur contribution à la question des transitions, à la lutte contre les bouleversements climatiques et à la neutralité carbone. Faut-il encore que ça ne soit pas une matière qui divise, qui écrase, qui sépare les populations. Les forces politiques de gauche qui siégeaient à la Métropole ont permis d’atteindre une tension politique intelligente amenant à des compromis puissants en matière de transition écologique. Pas d’écologie sans solidarité, pas de transition sans accompagnements de toutes et tous. Nous sommes la Métropole la plus titrée en matière de transition. Ce qui illustre un bilan de premier plan. En ma qualité de président de la métropole d’alors, j’en étais un des artisans et l’animateur. Et la mise en mouvements de tout ces énergies collectives ont été un grand bonheur. Alors qu’on m’a parfois reproché d’être clivant, la réalité a démontré que cette séquence demandait une rondeur politique manifeste, malgré les divergences naturelles et nécessaires au débat public. C’est fort de ce bilan que je peux dire aujourd’hui que ma parole sera libre et sans aigreur, dans l’intérêt collectif et la vérité du débat ».
Quel regard portez-vous sur le contexte budgétairement contraint ?
C.F. « S’il y a bien quelque chose à mettre au crédit des majorités qui se sont succédé, c’est que tout a toujours été fait et décidé dans un souci de totale transparence. Un de mes enjeux personnel est de m’assurer demain que nous serons bien dans cette volonté territoriale d’être le premier acteur des investissements pour poursuivre ces transitions. Si nous sommes un territoire qui a été exemplaire en termes de neutralité carbone, d’avoir un plan air-climat révisé qui permet d’aller encore plus loin, c’est parce nous avons agi, parce que nous avons arbitré, parce que nous avons décidé de poursuivre cette trajectoire. Depuis 12 ans, tout ce que nous avons mis en place s’est déroulé sous un contrôle permanent. Je tiens ici à rendre hommage au travail considérable qui a été réalisé par Raphael Guerrero, pour sa rigueur, sa capacité d’information auprès de tous et toutes et son intelligence mise au service de l’intérêt général. Je suis très heureux qu’il soit reconduit dans cette continuité. Ces deux fois 12 millions sur deux exercices relèvent d’une pure folie. Si j’avais été alors député, j’aurais censuré le gouvernement sans hésiter sur cette question des budgets. Ce qui m’a placé en désaccord complet avec Marie Noelle Bastistel, notre députée de la 4° circonscription, qui elle, n’a pas censuré ce budget.
Mais je pose la question de savoir qui gouverne. Est-ce le budget ou est-ce le budget qui est au service du projet politique ? S’il est nécessaire que les indicateurs soient bons, le fait qu’ils soient bons ne constituent pas un objectif politique. Le projet politique est d’agir sur le logement, les mobilités, sur le développement économique du territoire. D’agir pour l’aménagement et la transformation durable. Il va falloir arbitrer, il n’y aura rien de simple à trouver 11 millions d’économies. La capacité de désendettement de certaines communes qui glorifient de la ramener à moins de deux ans et parfois moins n’est parfois que le prétexte à n’entamer aucune politique ambitieuse, de confondre parfois la sobriété à l’immobilisme. La capacité de désendettement doit être maitrisée mais elle ne doit jamais être un prétexte à ne rien faire ».
LA DOTATION TESTICULAIRE
C.F. « Pour ma part, à Pont-De-Claix comme à la Métropole, j’ai toujours poussé les feux avec justesse en matière d’investissements. Il est peu confortable d’embrasser les patrons de fédérations et d’entreprises en leur indiquant que nous serons à leurs côtés pour finalement ne pas être au rendez-vous. Dans un contexte de récession, si la puissance publique n’est pas contre cyclique, si elle n’est pas en mesure de prendre des risques, il n’y a pas de développement économique possible. Alors certes, cela demande de la volonté, du courage, mais c’est pour ce courage, que nous sommes élus par le peuple ».
Est-ce que diriger la Métropole vous a procuré des émotions particulières ?
C.F. « Mes plus grandes émotions en tant que président de Grenoble Alpes Métropole ont été l’émerveillement induit par les projets des communes et de comprendre les sensibilités et les fragilités des maires quand ils souhaitent agir pour le bien de leurs administrés, en termes de logements, de services. La deuxième chose qui m’a troublé, profondément, c’est la puissance intellectuelle des services qui œuvrent quotidiennement à la Métropole. Cette maison est un temple de l’intelligence. J’ai eu l’occasion, au travers de personnalités comme le directeur général des services, le cabinet et les équipes qui m’entouraient, de travailler quotidiennement avec des personnes qui sont sans doute bien plus brillantes que moi. Et c’est un privilège de chaque instant que de l’observer ».
