juin 21, 2026

Vendredi 19 juin, se tenait au siège de la Métropole le premier « vrai » Conseil Métropolitain, en dehors du précédent qui n’avait à son ordre du jour que les traditionnelles désignations et installations des vice-présidences et des délégations. L’occasion d’assister à une séquence inédite, puisque c’est ici la première fois que siègent un président de la Métropole et son prédécesseur.

Si bien sûr le conseil métropolitain de vendredi a été occupé par le galop d’échauffement des quolibets et si bien évidemment les groupes se font encore chauffés la voix auprès de leurs congénères, notons les absences de quelques solistes talentueux que sont Émilie Chalas, Sylvain Laval et bien évidemment, le baryton du barycentre, Laurent Thoviste. 
Pour le réglage des balances de l’enceinte et du réglage phonique, nous avons pu compter sur Jean-Luc Rizzi, nouveau venu sur les bancs métropolitains mais à l’avenir prometteur puisqu’il s’est attaqué directement à la figure de proue de ce récent équipage, Guillaume Lissy, à qui le premier reprochait au second d’avoir donné la commission des finances aux Insoumis et la commission d’appel d’offres à Claude Soulier plutôt qu’à un équipier de GoRg. Notons l’audace de la saillie au regard de la riposte du maire de Seyssinet, soulignant le maigre penchant qu’il avait à recevoir des leçons de déontologie de la part d’un disciple de la Carignonie. 
Très vite et à peu près pour tous les sujets, les citoyens Chappet, Billon (RN) et Brunon s invectivaient sur l’autel de la radicalité, pour le délice des observateurs. 
Mais le vol de cette escadrille devait descendre à une altitude où l’oxygène se fait moins rare et bombarder au plus près du sol.
Le débat portait alors sur les indemnités des élus, plongeant l’ensemble de l’hémicycle dans l’impossibilité de se sortir des postures quand chacun semble obligé de justifier des indemnités ridicules et résiduelles quand on découvre le dérisoire des montants évoqués avec le seul intérêt pour le débat public de faire taire les ignorants de tous poils qui pensent encore que les élus métropolitains ou qui président des satellites vivent à grands frais sur le denier public.
À cet exercice, le président Lissy se montrait le plus en phase avec la réalité, poussant chaque membre de l’assemblée à raison garder. 


SNIPERS AND TARGETS
La première partie du conseil voguait sur cette mer d’huile quand montait au perchoir de ce maigre ordre du jour la délibération du CFU (compte financier unique) de 2025. Après que Raphaël Guerrero se prétait à l’exercice qu’oblige sa fonction de vice-président, chargé des finances, à savoir de tout expliquer afin que toutes et tous comprennent, c’est Christophe Ferrari qui montait au front après la prise de parole de Laura Siefert, toujours juste et précise bien que modérément festive. Avec l’intelligence, la malice et la rondeur induites par le talent et l’expérience, c’est tout à tour en Colbert, en Talleyrand puis de nouveau en Colbert que l’ancien président de la Métropole devait tenir l’assemblée, pendant 10 minutes et 23 secondes ou il forçait l’intérêt puis l’attention et enfin l’admiration des anciens comme des nouveaux élus.  Car l’animal est habile. Et jamais aussi redoutable que quand il est souriant comme jamais autant dangereux que quand il est en rondeur.
En premier lieu : remercier son ancien vice-président aux finances, Raphaël Guerrero, fraichement reconduit dans ses fonctions, pour sa rigueur, la transparence de son travail et sa patience de bénédictin. Avec bonhommie et le chouïa de taquinerie nécessaire, Christophe Ferrari soulignait l’absence de « cadavre dans les placards » des bureaux métropolitains.Expression émise peut être maladroitement par quelqu’un d’actuellement aux responsabilités et dont la formule était revenue aux oreilles du maire de Pont de Claix, par sait on quel vent nordique.La formule était heureuse puisqu’elle répond peut-être aux mots maladroits de Guillaume Lissy, croyant subtile de rappeler, avant la pause déjeuner, qu’il avait trouvé à son arrivée voiture et chauffeur au service du président d’alors et cabinet pléthorique. Ce qui amènera chacun plus tard, à être vigilant sur les modes de déplacement utilisés par le président en place et dont on sait son peu de goût pour les sports automobiles. 

FERRARI PRESENTE LA NOTE.
Mais la cartouche à venir allait surpasser les bons mots d hémicycles et les acidités de coursives. 
Christophe Ferrari promettant de proposer dès lundi une note à chaque élu métropolitain, sorte de to do list ayant pour premier objectif de ramener le réel pour le prochain conseil métropolitain du 10 juillet et non pour septembre comme semblerait le désirer la majorité. 
Ainsi Christophe Ferrari tord le bras à la somnolence de certains et a l’absentéisme politique d’autres qui botteraient volontiers en touche en attendant que Godot vienne en septembre se pencher sur la métropole. Une note sous la forme d’une demande : que sans attendre septembre, des pistes concrètes soient proposées dès le 10 juillet quant aux 11 millions d’euros d’économies à trouver, dans le cadre de pré arbitrages.
Une métropole qui souhaite désormais mettre l’accent sur une sobriété nécessaire mais pas forcément placée au bon endroit. A pourfendre le côté pléthorique de l’exécutif précédent jusqu’à préférer la frugalité du prochain. 
Avec sans doute un cabinet ramené à sa plus simple expression (dir cab-chef cab) mais sans conseillers politiques et surtout avec un DGS (Jean François Curci) dont Guillaume Lissy se passerait sûrement volontiers mais dont il est difficile de se passer quand on prend depuis peu une boutique d’un tel périmètre. 
Car feuille de route, cap, programme et surtout économies (11 millions d’euros) ne sont pas de nature à flatter les patiences ni à rendre le sommeil aux acteurs des secteurs économiques, culturels et associatifs. 
Associations consommatrices et scènes nationales gourmandes pourraient devoir compter les centimes et ramener les bouteilles à la consigne. 
Alors voilà que Christophe Ferrari bouscule l’agenda estival de celles et ceux qui préfèrent les jeux aquatiques, en piscine ou dans l’Isère et imposerait à tout le monde de s’extraire les phalanges pour le 10 juillet. Pour terminer son propos, l’ancien président aimait rappeler à la destination de tous qu’il ne suffit pas de ne rien faire pour que l’immobilisme politique soit le meilleur outil du désendettement, rappelant ainsi que le rôle de la puissance publique en matière de ruissellement économique.Plus loin Raphaël Guerrero remercie Christophe Ferrari en l’appelant « monsieur le président », pour l’hommage, confirmant l’absence de cimetière au sein de la boutique. Guillaume Lissy reprendra la parole, relevant, un tantinet agacé, qu’il y avait « beaucoup de présidents dans cette salle ». 

I’M BACK
En cela le retour du maire de Pont de Claix est un succès. Il montre qu’il sera une pièce centrale de l’édifice métropolitain. Un pivot induit tant par son expérience, que par la possibilité de son avenir parlementaire mais surtout par le dossier Vencorex dont le fantôme sera coûteux aux finances métropolitaines. 
La joute entre Lissy et Ferrari fera des blessés… pour des plaies à l’orgueil comme aux cœurs. 
Guillaume Lissy a peut-être l’envie de faire la seule chose qu’Éric Piolle n’était pas parvenu à réussir : flinguer politiquement Christophe Ferrari. Mais les troupes grenobloises commettent la même erreur que la droite avait commise avec le bilan Piolle et son incarnation :
Elles surestiment le rejet qu’elles seules ont fabriqué, ici à l’endroit du précédent président de la Métropole. A l’heure où Alpes et NMC sont redevenues des associations de copropriétaires, composées de personnalités distinctes en tout et en désaccord sur le reste, la girouette et le vent reprendront pour eux l’adage cher à Edgar Faure. 


ALERTE ENLEVEMENT
Quant à la première vice-présidente de la métropole, maire de Grenoble, présente seulement au matin, il est curieux d’observer qu’elle préfère les interviews dans les médias nationaux sur des thématiques universelles plutôt que de se soumettre à l’exercice, certes roboratif, mais o combien utile et crucial du CFU.

— Sébastien Mittelberger
Publicité