
A seulement 38 ans, doté d’un bagage impressionnant qui l’a conduit de Sciences Po à l’ENA et d’un parcours tout aussi vertigineux entre ministère de la Culture et Villa Médicis, Simon Garcia prend les commandes du conseil d’administration du CNAC. Une étape qu’il entend bien mener en parfaite collaboration avec Vitoria Matarrese, directrice des lieux, avec une répartition des rôles visant à poursuivre le rayonnement de ce temple majuscule dédié à l’art contemporain : le Magasin
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir président du conseil d’administration du CNAC Le Magasin ?
Simon Garcia. « La première motivation a été la perspective de travailler aux côtés de Vittoria Matarrese. J’ai beaucoup d’estime pour son parcours. Vittoria a laissé une empreinte importante partout où elle est passée et nous nous sommes beaucoup rapprochés ces dernières années. L’idée de pouvoir accompagner son projet m’a immédiatement enthousiasmé. Je suis convaincu qu’elle possède la vision, l’expérience et le sens des réalités nécessaires pour redonner un nouvel élan au Magasin. Après des années parfois difficiles, il est essentiel de retrouver une dynamique positive et de renouer avec ce qui a fait la force et le rayonnement de cette institution. Ma seconde motivation est précisément l’histoire du Magasin. Depuis sa création, il a été l’un des lieux emblématiques de l’art contemporain en France. Il a participé au formidable mouvement de décentralisation culturel des années 1980 et accueilli de très grandes figures de la création contemporaine. Je pense également à l’École du Magasin, qui a profondément marqué la pratique curatoriale internationale. C’est donc la rencontre entre le projet porté par Vittoria Matarrese et l’histoire exceptionnelle du Magasin qui m’a convaincu d’accepter cette responsabilité ».
Quel est votre projet ? Y aura-t-il une « touche Simon Garcia » ?
S.G. « Je parlerais moins d’une « touche Garcia » que d’un soutien apporté au projet de Vittoria Matarrese. Mon rôle est de mettre à son service mon expérience de la gouvernance des institutions culturelles. J’ai siégé dans de nombreux conseils d’administration, accompagné des établissements publics comme des associations culturelles, et participé pendant près de six ans au pilotage de la Villa Médicis. J’ai également exercé douze années au ministère de la Culture, notamment sur les questions budgétaires, de gouvernance et de relations avec les pouvoirs publics. J’espère pouvoir mettre cette expertise au service du projet artistique porté par la direction ».
Dans un contexte économique et social particulièrement contraint, un centre d’art contemporain doit-il se réinventer ?
S.G. « Un centre d’art contemporain doit constamment se réinventer : c’est même sa vocation. Mais votre question renvoie surtout à celle des publics. Aujourd’hui, le véritable enjeu consiste à permettre à davantage de personnes de rencontrer l’art contemporain. Cela suppose de renforcer la médiation, d’adapter la programmation, de développer des partenariats avec les acteurs associatifs, éducatifs et culturels du territoire, et de mieux s’inscrire dans la vie de la ville. Le Magasin accueille aujourd’hui environ 10 000 visiteurs par an. Je suis persuadé qu’il peut toucher un public beaucoup plus large. C’est d’ailleurs l’une des ambitions du projet porté par Vittoria Matarrese ».
Selon vous, faut-il faire évoluer le modèle économique du Magasin ?
S.G. « Oui, je pense qu’il est nécessaire de faire évoluer certains aspects du modèle économique. Mon premier métier au ministère de la Culture consistait justement à construire le budget du ministère. J’ai ensuite exercé les fonctions de conseiller budgétaire. Les questions de financement font donc naturellement partie de mes domaines d’expertise. Le premier levier est celui du mécénat et des partenariats privés. Il ne faut avoir aucune réticence à mobiliser des entreprises autour du Magasin. Lorsqu’un mécène soutient une institution culturelle, il adhère avant tout à un projet artistique et culturel. C’est un signe de confiance et d’attractivité. Nous avons démontré, dans mes précédentes fonctions, qu’il était possible de développer fortement ces ressources. Bien entendu, chaque établissement possède ses spécificités, mais cette démarche constitue une piste importante.
En revanche, cela ne doit jamais conduire au désengagement des pouvoirs publics. Au contraire, un mécène n’acceptera d’investir que si les collectivités et l’État confirment eux-mêmes leur engagement. Le financement privé doit venir compléter l’investissement public, jamais s’y substituer. Enfin, je ne crois pas que le développement du Magasin passe par une hausse tarifaire de la billetterie. L’accessibilité reste essentielle. Des tarifs abordables, associés à une politique ambitieuse de médiation et de programmation, me semblent beaucoup plus efficaces pour attirer de nouveaux publics ».
Quelles pistes de programmation permettraient selon vous de toucher un public plus large ?
S.G. « La programmation relève pleinement de la responsabilité de Vittoria Matarrese. Mon rôle n’est pas de définir les contenus artistiques mais de créer les conditions permettant à cette programmation d’être ambitieuse, visible et accessible. Je fais entièrement confiance à Vittoria Matarrese pour construire cette ligne artistique ».
Selon vous, l’art contemporain souffre-t-il aujourd’hui d’une forme de banalisation ?
S.G. « Je ne me considère pas comme un programmateur ou un directeur artistique. Mon expertise porte sur les politiques culturelles, la gouvernance des institutions et leur développement. J’ai naturellement une sensibilité sur les questions d’accès à la culture, de médiation et de démocratisation, mais il ne m’appartient pas de porter un jugement sur l’évolution des formes artistiques contemporaines ».
Le Magasin a inventé avec son École une pratique curatoriale qui a rayonné bien au-delà de la France. Peut-on imaginer un nouveau grand rendez-vous international à Grenoble ?
S.G. « Nous rêvons tous de voir le Magasin retrouver une forte visibilité internationale. En revanche, il ne m’appartient pas de définir les futurs grands rendez-vous artistiques. Cette responsabilité revient pleinement à Vittoria Matarrese, qui bénéficie de toute ma confiance pour imaginer la programmation et les événements qui marqueront les prochaines années. Mon rôle, en tant que président, sera d’accompagner cette ambition en mobilisant les moyens nécessaires. Qu’il s’agisse des partenaires publics ou du mécénat privé, ma priorité sera de réunir les financements permettant au Magasin de porter des projets à la hauteur de son histoire et de ses ambitions ».