
En marge du conseil métropolitain, Allan Brunon et Bastien Castillo ont convié la presse pour un point d’agenda sur les échéances à venir. Si les séquences présidentielles et législatives ont été évoquées, les deux Insoumis n’ont pas manquer de revenir sur leurs trois mois d’exercice dans les appareils municipaux et métropolitains. L’occasion d’espérer, d’égratigner et de pourfendre.
Pol eGo : La présidentielle approche. Comment La France insoumise grenobloise aborde-t-elle cette échéance ?
Allan Brunon : « Nous abordons cette présidentielle avec une vraie satisfaction : A Grenoble, nous avons réussi à reconstruire un collectif insoumis solide. Les groupes d’action sont de nouveau organisés, les militants sont mobilisés et prêts à mener campagne pour faire élire Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République. Dès septembre, nous lancerons un comité de campagne à Grenoble. Notre conviction est que les grandes transformations politiques passent aussi par les communes. Les élus auront donc toute leur place dans cette campagne, aux côtés des militants. Notre ambition est également d’élargir cette dynamique au-delà de La France Insoumise en associant syndicats, associations et citoyens qui souhaitent s’engager. Nous voulons construire un véritable pôle populaire au service de cette campagne présidentielle ».
Une préparation qui comprend également l’échéance législative ?
A.B. « Notre engagement local continue et nous préparons évidemment et naturellement les prochaines législatives. À ce titre, certaines prises de position récentes nous interrogent. Je pense notamment aux déclarations de M. Gemmani sur la troisième circonscription de l’Isère. Nous rappelons que cette circonscription est aujourd’hui représentée par La France insoumise. Lorsque des responsables politiques prennent des initiatives en dehors du cadre de l’union de la gauche, ils fragilisent la dynamique qui a permis nos victoires. Nous appelons donc chacun à respecter les accords conclus et à faire preuve de responsabilité. Le moment venu, les discussions sur les investitures auront lieu ».
Bastien Castillo, quel bilan tirez-vous des premiers mois de la nouvelle majorité municipale de Laurence Ruffin ?
Bastien Castillo : « Notre sentiment est celui d’une continuité. Beaucoup de communication, beaucoup de slogans, mais très peu de changements concrets pour les habitants. Cette majorité souhaite que tout change, pour que rien ne change et nous n’observons pas aujourd’hui de véritable projet de transformation pour Grenoble. Nous retrouvons les mêmes méthodes que lors du précédent mandat, avec des décisions prises sans réelle écoute des habitants. Toujours un certain mépris, une certaine hauteur et toujours cette méthode, qui devait pourtant changer, de passer en force. L’exemple du cours Berriat est révélateur. Des habitants avaient proposé un projet conciliant piste cyclable, végétalisation et maintien de la circulation. Cette proposition n’a pas été retenue et la municipalité poursuit son projet sans véritable concertation. Notre sujet n’est pas de défendre la voiture à tout prix. Nous rappelons simplement que de nombreux habitants en ont encore besoin dans leur quotidien et que les conséquences sur les rues voisines n’ont pas été suffisamment prises en compte ».
Quel regard portez-vous sur la nouvelle majorité à la Métropole ?
B.C. « Nous sommes face à une majorité qui nous paraît politiquement fragile, instable. Guillaume Lissy est devenu président grâce à une alliance avec la droite, mais cette coalition devra rapidement démontrer qu’elle est capable de gouverner. Nous aurons notamment un rendez-vous important avec le prochain budget. Il faudra voir si les élus de gauche, les communistes, les socialistes, les écologistes accepteront des choix budgétaires qui pourraient relever de l’austérité. Nous les appelons à être plus courageux qu’ils ne l’ont démontré jusqu’à présent ».
Vous venez d’être élu président de la commission des finances. Quelles seront vos priorités ?
B.C. « Je souhaite exercer pleinement une mission de contrôle. La commission des finances ne doit pas être une simple chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif. Je demanderai l’accès à l’ensemble des documents nécessaires afin que tous les élus puissent exercer leur rôle dans de bonnes conditions. Le premier test sera la décision modificative de septembre. Il manque aujourd’hui 11 millions d’euros au budget. Les arbitrages existent forcément déjà et il est indispensable que les élus puissent les connaître suffisamment en amont. En l’espèce, je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas de réponse sur les pré- arbitrages. Car il doit y avoir eu des pré-arbitrages ou bien cela démontrerait que c’est exécutif relève de l’amateurisme ».
Vous allez également déposer une délibération concernant le partenariat entre Grenoble et Rehovot. Pourquoi ?
Allan Brunon « Parce que nous considérons que cette question relève d’un choix politique clair. Nous estimons que le jumelage avec Rehovot n’a plus lieu d’être au regard de la situation actuelle et du respect du droit international. Nous assumons cette position depuis le début et nous souhaitons que le conseil municipal se prononce clairement. Cette délibération sera portée, par Abdelnour Djebbouri, Coline Pissard et Kenza Doukhi, des élus de notre groupe. Chacun devra prendre ses responsabilités au moment du vote et expliquer son choix aux Grenoblois. Donc, il n’est pas question de rendre tout cela acceptable. La réalité de ce jumelage n’a d’autre objectif que de de plaire au CRIF. Un CRIF qui est pour nous un organe de propagande de la politique génocidaire perpétrée par Netanyahou. Nous n’avons pas peur de celles et ceux qui mettent en place des politiques violentes à l’égard d’un peuple qui doit être libre ».
Ce débat intervient également alors que la venue de Barbara Butch à Grenoble suscite des critiques de votre part.
A.B. « Effectivement. Nous avons demandé l’annulation de cette venue car nous estimons que certaines de ses prises de position sont incompatibles avec le message que nous souhaitons porter sur la situation à Gaza. Là encore, nous assumons pleinement notre position. Nous considérons qu’il est nécessaire d’avoir un débat politique clair sur ces questions et de défendre ce que nous estimons être le respect du droit international ».
Un papier qui aurait été incomplet s’il manquait d’évoquer les évictions de Lauren Viguier et de Thomas Mandroux. A titre personnel, j’aime rappeler que le bon fonctionnement politique passe également par la discipline dans les partis et la verticalité dans les groupes. Quand on pratique cette discipline si exigeante qu’est la politique, il faut faire preuve d’autorité quand on a l’honneur de conduire la destinée d’un collectif. Les éconduits, comme toujours et comme dans toutes les formations politiques, décrivent par le menu, le naseau humide et l’œil embué, l’étendue du harcèlement et de la « violence inouïe » dont ils ont été victimes. On pourrait évoquer à cette discipline désormais presque Olympique les derniers noms qui viennent à l’esprit : Lucille Lheureux pour les Verts, Radja Sahiri pour la droite et donc dernièrement Mandroux et Viguier pour LFI. La vérité est souvent plus crue. Aucune formation politique n’ayant le mauvais gout de se séparer de bons éléments. Quant aux leaders politiques locaux et leurs disciples, qui dégustent le tourment quand il se situe dans un camp adverse, je les invite à la plus digne des prudence, car encore une fois, la girouette ne tourne que quand le vent la pousse.