
S’il est savoureux de relever les manquements aux bonnes mœurs politiques d’Allan Brunon et de son orchestre, il est utile de rappeler ce qui sépare le fond de la forme.
Le fond : deux élus fantomatiques de la liste LFI finissent par rendre leurs tabliers aux motifs d’absentéisme chronique et de divergences politiques profondes. La belle affaire ! Et chacun de se draper dans une opaque dignité, au péril de sa probité personnelle. Car les cas de Thomas Mandroux et de Lauren Viguier ne sont pas isolés. Plus haut, Radja Sahiri quittait à fracas Réconcilier Grenoble en ce début de mandat. Plus loin encore, c’est Lucille Lheureux qui était débarquée de la primaire verte, lors de la joute municipale, en 2025.
La forme : A chaque fois, alors que ces personnalités politiques comptaient parmi les plus virulentes, les moins dociles notamment vis-à-vis de leurs camarades, ces mêmes trublions éructaient au grand public les conditions qui conduisaient à leurs évictions.
A chaque fois étaient brandis le harcèlement, les menaces, les pressions dont ils avaient été les victimes. Parfois, les instances des partis politiques étaient saisies afin de mieux se défendre face aux « violences inouïes » dont ils avaient été soi-disant l’objet. Au sortir de ce type de séquences, les camps adverses fustigent, s’empourprent, s’indignent à moindre frais puisque que le vent souffle jusque-là de leur côté. Car il est aisé de s’indigner, couvert par la célèbre formule de Stéphane Hessel qui en son temps criait son « indignez-vous » au dessein que cette indignation nourrissait cette force en nous de naviguer même et peut-être surtout quand le vent est contraire. L’exercice est moins facile quand c’est dans ses propres rangs que la discipline doit être orchestrée, au mépris des mépris, à la surdité des vociférations des éconduits et des factieux, à la cécité des plus indisciplinés. En cette matière politique, personne ne devrait faire l’économie de la prudence. Car le mandat sera long et les rangs des groupes s’éclairciront, dans toutes les écuries, laissant aux hémicycles leurs cortèges d’isolés, réduits aux interventions de façades, écrites sur des genoux ou des coins de tables. Au surplus, certaines personnalités relèvent le tournant viriliste, voire masculiniste pris par certaines formations politiques. Le constat est juste. La politique est une discipline souvent brutale, et la progression des partis les plus radicaux entraine mécaniquement des comportements que l’on peut juger outranciers. C’est peut-être le prix à payer dans un monde ou Vianney a remplacé Jim Morrison, ou l’angélisme a pris le pas sur le courage, un monde ou l’excès est au bout du doigt pointé. Coluche et Ardisson sont morts, Mélenchon vieillit et mène sans doute un de ces derniers combats. Louons encore un peu l’existence des indisciplinés, bien au-delà de leurs idées que nous ne partageons pas, car au-dessus de leurs tapages, ils garantissent aux modérés une litière bien meuble et des nuits politiques bien confortables.