
Alors qu’il aurait pu épouser la profession de trader dans des multinationales et écumer les salles de marchés, Laurent Amadieu a préféré consacrer sa vie à la chose publique et à la promotion de l’écologie dans le débat public. A 52 ans, alors qu’il a été très brillamment réélu maire de Saint Egrève avec 59% des suffrages, Laurent Amadieu devenu entre-temps vice-président de la Métropole, revient sur son parcours, constitué de convictions acquises auprès des siens et forgé par l’expérience des voyages et de sa connaissance du monde.
Laurent Amadieu : « Je suis de la région parisienne, plus précisément de Seine-Saint-Denis. J’ai grandi à Gagny, à côté de Montfermeil et de Clichy-sous-Bois. J’y ai passé toute mon enfance et une partie de mes études, avant de partir à Grenoble pour terminer un cursus d’économie. »
Quel a été votre parcours universitaire ?
L.A « J’ai obtenu un master en études européennes. Ensuite, comme je souhaitais éviter le service militaire, je suis de la génération 1974, je suis parti un an au Canada où j’ai réalisé un second Bac+5, un DESS d’économiste bilingue. Cela m’a permis de compléter ma formation tout en échappant au service militaire que mon père et mon grand-père avaient connu ».
Votre engagement politique trouve-t-il ses racines dans votre histoire familiale ?
L.A. « Oui, clairement. Je viens d’une famille de gauche, issue d’un milieu populaire. Ma mère travaillait dans la restauration scolaire et assurait aussi l’entretien des écoles. Mon père a d’abord été ouvrier ajusteur avant de devenir intermittent du spectacle, marionnettiste et professeur de théâtre. Il s’est beaucoup formé grâce aux universités ouvrières du Parti communiste, qui permettaient à des personnes n’ayant pas eu accès à de longues études de développer leur culture générale. Mon engagement vient en grande partie de cet héritage ».
Pourtant, vous n’avez pas commencé très jeune dans le militantisme.
L.A. « Non. Je n’ai jamais été militant dans un parti ou une association pendant ma jeunesse. En revanche, j’ai toujours aimé être utile aux autres. J’ai été délégué de classe de la sixième jusqu’à la terminale. C’était ma première forme d’engagement. Ensuite, j’ai construit ma vie personnelle et professionnelle, tout en restant attentif aux questions publiques ».
Justement, quelle a été votre parcours professionnel ?
L.A. « Mes études généralistes m’ont ouvert de nombreuses portes. J’ai commencé dans la finance internationale, au Crédit Agricole Indosuez, où j’ai travaillé en back-office, middle-office et front-office, dans les salles de marché. Puis, avec ma compagne, nous avons tout quitté pour faire un tour du monde. À notre retour, j’ai repris des études en ingénierie touristique afin de revenir vivre dans la région grenobloise. J’ai alors travaillé à l’Office de tourisme de Villard-de-Lans, où j’ai probablement vécu l’une de mes plus belles expériences professionnelles. Ensuite, pendant plusieurs années, j’ai été chargé de développement pour la carte Alice, qui travaillait avec les comités d’entreprise du département. Ce poste m’a permis de découvrir toute la diversité économique et sociale de l’Isère ».
À quel moment passez-vous de cette carrière professionnelle à l’engagement politique ?
L.A. « Le déclic est venu après mes voyages. Voyager sac au dos, notamment de l’Arctique jusqu’à la Terre de Feu, m’a profondément marqué. J’ai vu concrètement les effets de la déforestation, de l’urbanisation et du changement climatique. Cela m’a convaincu qu’il fallait agir. Je me suis alors engagé dans une association locale, indépendante mais proche des écologistes, qui participait à la vie municipale de Saint-Égrève. À cette époque, un projet de piscine devait être construit sur une zone humide. Je considérais que c’était une erreur écologique majeure. C’est là que mon engagement politique a concrètement commencé ».
Nous sommes alors autour de 2008 ?
L.A. « J’étais sur une liste écologiste aux municipales de 2008. Puis, en 2014, je suis devenu tête de liste. La gauche était divisée en trois listes et nous avons perdu ».
Vous devenez alors conseiller municipal d’opposition.
L.A. « Exactement, de 2014 à 2020. Avec le recul, je considère que c’est une excellente école. Être dans l’opposition apprend la modestie, oblige à travailler les dossiers et montre qu’en politique, pour gagner, il faut savoir rassembler. Pendant six ans, nous avons progressivement construit une union avec les autres forces de gauche ».
Cette stratégie porte ses fruits en 2020 puisque vous êtes élu maire de Saint-Égrève. Que ressentez-vous à ce moment-là ?
L.A. « C’est évidemment un moment inoubliable. Plus qu’un sentiment de victoire, j’ai surtout ressenti le poids de la responsabilité. On vous confie les clés de la commune. Il faut être à la hauteur, ne pas décevoir son équipe ni les habitants ».
Quels étaient les grands chantiers de ce premier mandat ?
L.A. « Nous voulions d’abord insuffler une nouvelle dynamique après vingt-cinq années de la même majorité. Nous avons fait de l’adaptation au changement climatique une priorité : végétalisation des cours d’école, rénovation énergétique des copropriétés grâce au dispositif Mur Mur, développement de la nature en ville. Nous avons également créé un centre de santé municipal. À notre arrivée, la commune était confrontée à une forte pénurie de médecins généralistes. Aujourd’hui, sept nouveaux médecins exercent dans ce centre ».
En 2026, vous êtes réélu avec près de 60 % des voix. Cette seconde victoire est-elle différente de la première ?
L.A. « Complètement. La première fois, les électeurs votent sur un projet. La seconde, ils jugent aussi votre bilan. On s’expose davantage à la critique. C’est une étape différente, mais aussi très gratifiante lorsque les habitants renouvellent leur confiance ».
Vous revendiquez pleinement votre identité écologiste ?
L.A. « Oui, totalement. Je suis écologiste depuis longtemps et je l’assume pleinement. Je pense que les écologistes ont souvent eu raison avant les autres. Beaucoup des alertes lancées il y a plusieurs décennies se sont malheureusement révélées exactes ».
Vous exercez désormais d’importantes responsabilités à la Métropole. Quel est votre rôle ?
L.A. « Je suis vice-président chargé des espaces publics, des voiries, de la végétalisation, du plan Canopée ainsi que des mobilités actives, notamment les plans vélo et marche ».
Cette nouvelle responsabilité arrive dans un contexte budgétaire particulièrement tendu.
L.A. « Depuis ma prise de fonction, une grande partie du travail consiste à rechercher et à trouver des économies. Les collectivités subissent une forte baisse de leurs marges financières. Il faut préserver les services publics tout en poursuivant les investissements indispensables, notamment ceux liés à la transition écologique ».
Est-ce une fonction qui vous passionne malgré ces contraintes ?
L.A. « Oui, parce qu’elle permet d’agir à une autre échelle. Être maire est passionnant, mais intervenir sur les politiques publiques d’une métropole de près de 450 000 habitants permet d’avoir un impact plus large ».
Vous évoquez souvent les émotions avec beaucoup de retenue. Est-ce que cette nouvelle responsabilité vous apporte des émotions différentes ?
L.A. « Ce qui est stimulant, ce n’est pas le statut. C’est la possibilité de transformer concrètement les choses. On change d’échelle, on prend du recul et on agit sur des politiques publiques qui concernent l’ensemble du territoire ».
En dehors de la politique, comment vous ressourcez-vous ?
L.A. « Je suis venu vivre dans cette région avant tout pour la montagne. Dès que je le peux, je fais du ski, de la randonnée et je profite des quatre saisons. Je lis également beaucoup, notamment des ouvrages d’économie et de réflexion politique. Je pense que la gauche a perdu une partie de la bataille culturelle autour du travail et de la répartition des richesses. Il faudra remettre au cœur du débat des questions plus larges : le sens du travail, le temps libre, le bonheur, la qualité de vie et notre modèle de société ».