juillet 22, 2026

Infatigable fantassin et moine soldat de l’aménagement de l’espace public, Gilles Namur, arpente de son longue silhouette les rues et les réunions publiques afin d’expliquer et de convaincre que l’espace public appartient à chacune et à chacun et que chaque aménagement est une victoire au bénéfice de toutes et tous.

Gilles Namur « Lors du mandat 2020-2026, j’avais en charge l’aménagement et l’entretien de l’espace public, la nature en ville, la biodiversité, les mobilités, ainsi que le marqueur « fraîcheur ». Cette notion traduisait une ambition simple : penser tous les aménagements urbains en tenant compte de l’adaptation au changement climatique, notamment en recherchant davantage de fraîcheur pendant les périodes estivales. Aujourd’hui, ma délégation est quasiment identique. Nous l’avons simplement renommée « Cadre de vie » afin de mieux regrouper les thématiques liées à la nature en ville, à l’aménagement de l’espace public et aux mobilités. En revanche, je ne m’occupe plus de la propreté urbaine, dont la responsabilité est désormais assurée par Laurette Rimet-Meille ».

Gilles Namur « Oui, sans hésiter : les Places aux enfants. C’est un projet qui rassemble tout ce que nous souhaitons porter. Aujourd’hui, nous comptons 18 Places aux enfants :15 sont définitives et 3 sont encore en phase transitoire. Dès cet été, de nouvelles verront le jour et trois autres seront réalisées d’ici la fin de l’année. Ce projet protège les enfants, améliore la qualité de l’air, désimperméabilise les sols, végétalise les espaces publics et crée de véritables lieux de rencontre dans les quartiers, un peu à l’image des places de village. Il favorise également les déplacements à pied ou à vélo vers l’école, en rompant avec l’habitude consistant à déposer systématiquement les enfants en voiture avant de partir travailler ». En seulement un an et demi, près de 30 % des familles qui déposaient leurs enfants en voiture ont changé leurs habitudes de déplacement. Dans les politiques publiques de mobilité, atteindre un tel niveau de changement demande généralement une dizaine d’années. Là, nous y sommes parvenus en dix-huit mois. C’est une réussite exceptionnelle ».

« Les Places aux enfants sont sans doute le projet dont je suis le plus fier »

Gilles Namur « Avant 2014, Grenoble était une ville assez classique en matière de pratique du vélo. Aujourd’hui, elle est devenue la première ville de France en termes d’usage du vélo, notamment pour les déplacements domicile-travail. Un chiffre résume cette évolution : parmi les Grenoblois qui vivent dans la commune, il y a désormais davantage de personnes qui vont travailler à vélo que de personnes qui utilisent leur voiture. C’est un changement considérable. Ce qui est intéressant, c’est que la pratique du vélo a commencé à exploser avant même que les grandes infrastructures soient réalisées. Le simple fait d’affirmer une volonté politique, de créer des stationnements, de développer des services et de parler du vélo a déjà encouragé de nombreuses personnes à changer leurs habitudes. Ensuite, les Chronovélo sont venus accompagner et amplifier cette dynamique. Mais il faut rappeler que ces infrastructures ne sont pas conçues que pour les cyclistes déjà expérimentés. Elles sont destinées aux familles, aux enfants, aux personnes âgées, à celles et ceux qui ne se sentaient pas suffisamment en sécurité au milieu de la circulation automobile. C’est cela, le véritable enjeu : permettre à tout le monde de se déplacer à vélo, pas seulement aux plus habitués ».

Gilles Namur « Je suis très satisfait du résultat. Quand on parle de la rue Jeanne-d ‘Arc, on pense souvent au vélo, mais le premier bénéficiaire de cet aménagement, c’est le piéton. Avant les travaux, les trottoirs étaient très étroits et parfois impraticables pour les personnes à mobilité réduite, les poussettes ou simplement pour deux personnes qui souhaitaient marcher côte à côte. Aujourd’hui, nous avons rendu cette rue plus confortable, plus sûre et plus agréable à vivre. Nous avons également amélioré les déplacements à vélo, mais aussi le cadre de vie des habitants. Et cela profite aussi aux commerces : les terrasses sont plus accueillantes, l’espace est plus lisible et la circulation est beaucoup plus apaisée qu’auparavant. C’était un chantier relativement classique. Nous avons pris un peu de retard en raison d’une canalisation qui a nécessité une intervention technique, mais rien d’exceptionnel. Nous avons également fait le choix de réaliser une première partie de l’avenue. La seconde est toujours prévue, mais son calendrier dépendra des arbitrages budgétaires de la Métropole ».

Gilles Namur : « Oui, et pourtant nous arrivons aujourd’hui au terme d’une transformation qui sera totalement achevée dans quelques jours. Comme souvent, les inquiétudes étaient nombreuses avant le début des travaux. Certains craignaient un impact durable sur les commerces. Pourtant, une fois le chantier terminé, les restaurateurs disposeront de terrasses plus agréables, ouvertes sur une place végétalisée plutôt que sur un parking. Les habitants bénéficieront d’un espace public plus qualitatif, plus frais et plus convivial ».

Gilles Namur « D’abord, il faut rappeler un fait assez révélateur. Lors des campagnes municipales de 2020 puis de 2026, très peu de projets déjà réalisés ont été remis en cause. Personne ne propose de remettre de la publicité dans les rues. Personne ne demande de refaire circuler les voitures sur la place Grenette. Très peu souhaitent revenir à la situation d’avant sur la place Victor-Hugo ou sur d’autres espaces réaménagés. Une fois les projets réalisés, ils deviennent des évidences. On oublie très vite à quoi ressemblaient ces lieux auparavant. Le vrai sujet, c’est que le changement fait toujours peur. On entend toujours très fort ceux qui sont contre, mais beaucoup moins ceux qui sont satisfaits. Quelqu’un qui est mécontent va s’exprimer, manifester, interpeller les élus. À l’inverse, ceux qui apprécient un projet prennent rarement la parole. C’est pourtant une réalité que nous rencontrons régulièrement. Sur plusieurs grands projets, des commerçants nous ont soutenus dès le départ, parce qu’ils voyaient bien les bénéfices qu’ils allaient en retirer. Mais ils n’avaient pas forcément envie de s’afficher publiquement contre leurs voisins ou leurs collègues. C’est humain. »

Gilles Namur « Oui, parce qu’on oublie souvent cette réalité. Les piétons et les cyclistes s’arrêtent plus facilement devant une vitrine, prennent davantage le temps de flâner, d’échanger ou d’entrer dans un commerce. Les aménagements que nous réalisons ne sont pas pensés contre les commerçants ; ils le sont aussi pour eux. Créer un espace public plus agréable, c’est aussi créer des conditions favorables à la vie économique d’un quartier. Les habitants ont davantage envie de s’y promener, de s’y arrêter et d’y consommer. C’est cette vision d’une ville que nous essayons de construire ».

Gilles Namur « Et c’est un argument que je comprends parfaitement. Les travaux sont toujours une période difficile. Certains commerces peuvent réellement en souffrir, parfois beaucoup. Il ne faut jamais minimiser cette réalité. Notre rôle est d’ailleurs de les accompagner autant que possible pendant cette période. Mais une ville est vivante. Elle évolue en permanence, elle se transforme sur elle-même. Si l’on renonce à chaque projet parce que les travaux risquent de fragiliser certains commerces, alors plus rien ne change. L’enjeu est donc de limiter les nuisances pendant le chantier, tout en gardant une vision de long terme. Une fois les aménagements réalisés, on constate généralement qu’ils profitent aussi aux commerces : les espaces sont plus agréables, les habitants reviennent, les terrasses se développent et le quartier devient plus attractif ».

Gilles Namur « C’est inexact. Il y a eu plusieurs réunions publiques, des présentations du projet, des ateliers de concertation et de nombreux échanges avec les habitants et les commerçants. Certains ateliers ont même été accueillis directement par des commerçants du quartier. Nous avons également participé aux réunions organisées par l’Union de quartier. Nous avons présenté les études de circulation, expliqué les objectifs du projet et répondu aux interrogations, chiffres à l’appui. Dire qu’il n’y a pas eu de concertation ne correspond tout simplement pas à la réalité ».

Gilles Namur « Oui, mais il faut regarder l’ensemble des habitants du quartier. À Saint-Bruno, un collectif de plus d’un millier d’habitants s’est constitué pour réfléchir à l’avenir du quartier. Leur point de départ, c’était la sécurité, le cadre de vie, les commerces, les déplacements. Nous avons travaillé avec eux pendant de nombreux mois. À côté de cela, il existe un collectif d’opposants qui est très présent médiatiquement. C’est son droit. Mais il faut aussi rappeler que ses propositions ne correspondent plus au projet présenté : conserver le double sens de circulation, réduire fortement les aménagements, limiter la végétalisation… Ce serait un projet complètement différent ».

« Écouter n’est pas renoncer à décider »

Gilles Namur « Pour moi, la concertation est indispensable. Elle permet d’améliorer les projets, de corriger certaines choses, d’entendre des usages que les techniciens ou les élus n’avaient pas forcément identifiés. Mais écouter ne signifie pas que toutes les demandes peuvent être satisfaites. À un moment, il est nécessaire d’arbitrer. Il faut prendre une décision en regardant l’intérêt général. C’est la responsabilité des élus. Si l’on attend que tout le monde soit d’accord, on ne transforme jamais une ville ».

Gilles Namur « Non, parce qu’elle fait partie de la démocratie. Ce qui compte, c’est de continuer à expliquer les projets, à dialoguer et à assumer les choix lorsqu’on pense qu’ils sont bons pour la ville. L’expérience montre d’ailleurs qu’une fois les aménagements réalisés, les habitants se les approprient très vite. C’est sans doute la meilleure preuve que ces transformations répondent à de vrais besoins ».

« Transformer une ville, c’est parfois accepter d’être impopulaire… au début »

Gilles Namur « On apprend surtout qu’il faut garder le cap. Quand un projet transforme les habitudes de déplacement ou l’organisation d’un quartier, il provoque forcément des inquiétudes. C’est normal. Notre responsabilité est d’expliquer, d’écouter, de faire évoluer le projet lorsque c’est pertinent, mais aussi d’assumer les décisions lorsque nous sommes convaincus qu’elles amélioreront durablement la ville. Avec le recul, c’est d’ailleurs ce que montrent beaucoup de réalisations grenobloises. Une fois les travaux terminés, les habitants se réapproprient les lieux et il devient très rare que quelqu’un demande un retour en arrière ».

Gilles Namur « L’espace public est le bien commun de tous les habitants. Chaque aménagement doit répondre à plusieurs objectifs : améliorer le cadre de vie, protéger les plus fragiles, favoriser les déplacements du quotidien, développer la nature en ville et adapter Grenoble au changement climatique. Ce sont des choix qui dépassent le simple aménagement d’une rue ou d’une place. Ils dessinent la ville dans laquelle nous voulons vivre dans dix, vingt ou trente ans ».

Gilles Namur « Oui et avec la conviction que ces transformations ont un impact très concret sur la vie quotidienne. Quand une famille peut accompagner ses enfants à pied jusqu’à l’école en toute sécurité, quand une personne âgée retrouve des trottoirs accessibles, quand un quartier devient plus agréable à vivre ou qu’un espace public retrouve sa vocation de lieu de rencontre, on mesure immédiatement l’utilité de l’action publique. C’est cette dimension très concrète de voir très concrètement les effets des projets sur la vie quotidienne des habitants qui continue de me motiver chaque jour. C’est aussi ce qui rend ce travail passionnant : un projet d’aménagement ne se résume jamais à des travaux. Il transforme des usages, il change les habitudes et il améliore progressivement le cadre de vie ».

Gilles Namur « Je crois qu’une ville ne peut pas rester figée. Elle doit évoluer pour répondre aux défis de son époque : le changement climatique, la qualité de vie, les mobilités, la place de la nature ou encore la sécurité des plus fragiles. Transformer une ville suscite parfois des débats, c’est normal. Quitte à être ici redondant, je pense que notre responsabilité est d’écouter, d’expliquer et de décider lorsque nous pensons qu’un projet va dans le sens de l’intérêt général. Avec le recul, on constate souvent qu’une fois les aménagements réalisés, les habitants se les approprient naturellement. C’est sans doute la meilleure preuve que ces transformations répondent à un besoin réel ».

Gilles Namur « J’ai simplement envie de participer à construire une ville plus agréable à vivre, plus résiliente et plus accueillante pour toutes et tous. Les aménagements que nous réalisons aujourd’hui ne sont pas pensés pour quelques années seulement. Ils préparent le Grenoble de demain ».

— Sébastien Mittelberger
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