septembre 22, 2026


Maire de Montrevel depuis 1983 et Président de l’Association des Maires de l’Isère (AMI) depuis 2001, Daniel Vitte aborde le tout proche Congrès des maires de l’Isère, qui se tiendra à Alpexpo samedi 26 septembre, avec l’inquiétude légitime liée à un contexte budgétaire contraint et avec toute la confiance qu’il porte aux élus isérois.

DANIEL VITTE : « Il n’y aura pas une thématique particulière cette année. Dans le passé, nous avions effectivement une thématique pour la table ronde. Mais comme nous sommes victimes de notre succès, notamment avec le salon des expositions, il a fallu faire un choix. Il n’y aura donc pas une thématique unique, mais plusieurs temps forts à l’intérieur de cette journée. Tout d’abord, chaque année de renouvellement municipal, le congrès se déroule à Grenoble, à Alpexpo, pour plusieurs raisons. D’abord, c’est aussi un beau symbole de venir à Grenoble, chef-lieu du département, et d’organiser ce congrès en partenariat avec la ville-centre et la Métropole.

Il y a également un aspect extrêmement pratique. La première année du mandat, nous avons le label « Université des nouveaux élus », qui est un label de l’Association des maires de France. Il implique d’organiser des ateliers sur des thématiques diverses. Ces ateliers nécessitent au moins cinq salles et permettent aux élus de s’inscrire sur les sujets qui les intéressent. Le succès est là puisque nous avons plus de 900 élus locaux. Pourtant, nous limitons les invitations aux maires, aux adjoints, ainsi qu’aux présidents et vice-présidents de communautés. Nous aurons également environ 200 invités, qui représentent les plus hautes autorités civiles et militaires du département : les représentants de la préfecture, des services départementaux, du Département, les directeurs, les élus, ainsi que des invités de différents horizons. Au total, ce sont donc environ 1 100 personnes qui seront accueillies sur 134 stands regroupant 157 structures différentes, avec environ 450 exposants présents sur les stands. Nous atteignons ainsi la jauge maximale autorisée et nous aurons un congrès très riche, de 8 h 30 à 15 h 30. »

D.V : « Il y en aura plusieurs. Nous aurons bien sûr la projection d’un film consacré à Grenoble, suivie de l’intervention de Laurence Ruffin, maire de Grenoble. Il y aura également la projection d’un film sur la Métropole, avec l’intervention de Guillaume Lissy, président de Grenoble Alpes Métropole qui sont en début de mandat, et auront probablement des messages à transmettre. Nous aurons également les interventions très attendues du président du Département, Jean-Pierre Barbier et de Madame la Préfète, Catherine Seguin.

Nous aurons ensuite la présentation du rapport moral de l’Association des maires, ainsi que des éléments concernant les aspects budgétaires puisque nous sommes également réunis en assemblée générale. Il faudra notamment approuver des comptes qui sont à l’équilibre, voter la reconduction d’une subvention sans augmentation et adopter un projet de budget pour l’année prochaine. Ce sont des temps forts importants en termes de démocratie associative.

Nous aurons également des remises de médailles. Comme nous sommes en tout début de mandat, il s’agit d’une petite promotion, avec des élus qui recevront des médailles d’argent, de vermeil ou d’or. Le tout sera entrecoupé de passages sur les stands : d’abord de 8 h 30 jusqu’à 9 h et quelques, puis autour de 11 heures, le temps pour les élus de se rendre dans les ateliers. Et enfin, un très gros et plus long passage à partir de 13 heures, qui se prolongera autour des multiples buffets proposés par les exposants jusqu’à 15 h 30. Très probablement, les élus seront d’abord ravis de se retrouver. Il y a un côté extrêmement chaleureux ».

D.V : « Ils attendent des informations, des échanges, des rencontres, notamment avec les exposants. Mais il y aura probablement aussi, dans l’esprit des élus, une certaine prudence par rapport à l’avenir, notamment concernant le budget de l’année prochaine. Nous sommes dans une période où l’on commence à entendre le Premier ministre égrener quelques mesures et quelques annonces. Il y aura probablement une certaine crainte concernant les sollicitations ou les ponctions budgétaires ».

D.V : « Non. Je pense que non, il n’y aura pas d’invité national pour cette édition. Cela permettra aussi de laisser davantage de temps aux ateliers. Ils sont très divers et assez classiques : « Le maire employeur », les finances publiques, la place de la commune dans l’intercommunalité…Mais nous aurons aussi un atelier qui est particulièrement dans l’air du temps et qui rencontre un grand succès : l’intelligence artificielle et la manière dont l’IA peut s’appliquer aux collectivités ».

D.V : « Le congrès intervient un tout petit peu plus tôt cette année parce qu’il fallait s’inscrire dans les disponibilités d’Alpexpo. Les autres années, il se déroule plutôt à la mi-octobre. Rappelons-nous du congrès de Crolles : les discours avaient été revus parce qu’une semaine auparavant, le Premier ministre de l’époque avait annoncé des mesures envisagées dans le projet de loi de finances. Aujourd’hui, nous sommes en amont. Bien sûr, il y a la crainte de voir le dispositif de contribution des collectivités, le « Dilico », revenir et peut-être être augmenté. Je ne suis pas sûr que nous ayons des éléments précis samedi, mais il y aura probablement des inquiétudes. Sur ce sujet, il est probable que le président du Département tire la sonnette d’alarme. Pour les élus, à la fois le quotidien est difficile. Il ne faut pas se le cacher : boucler les budgets, faire des plans de financement pour les projets d’investissement, c’est de plus en plus compliqué. Chacun sera probablement attaché à la défense de ce qu’on appelle le « bloc local », c’est-à-dire les communes et les communautés. Parce qu’amputer les budgets des communautés, c’est réduire leurs capacités d’investissement. Il faut être clair : le volume d’activité, notamment au niveau local, qui est induit par la commande publique, est essentiel. Je pense notamment aux acteurs du BTP. La défense du bloc local et de sa capacité à investir s’exprime donc aussi en termes de solidarité avec l’activité économique locale ».

D.V : « Si je considère les collectivités, il y a effectivement des évolutions importantes depuis les mandats que vous évoquez. D’abord, il y a une évolution fondamentale : c’est l’affirmation de l’échelon intercommunal. Si je prends les communes en 1983 ou en 1989 et que je regarde la situation aujourd’hui, un bon nombre de compétences ont été transférées, soit à la Métropole, soit aux communautés de communes ou aux communautés d’agglomération. Incontestablement, cette évolution, qui est irréversible, a modifié les fonctions électives. Il est clair que les intercommunalités apportent des services que les communes n’auraient pas pu apporter seules. Je pense à la petite enfance, à la gestion d’équipements comme les centres aquatiques, les crèches ou les médiathèques. C’est donc une évolution extrêmement importante, avec la confortation de l’échelon intercommunal.

Autre évolution, moins positive : celle des finances des collectivités. Nous avons connu des réductions de dotations. Je prends l’exemple de ma petite commune, mais cela concerne beaucoup d’autres communes : entre 2007 et 2012, les dotations de l’État ont été réduites et n’ont jamais été réellement rétablies depuis. Oui, au fil des mandats, il est devenu de plus en plus difficile de boucler les budgets de fonctionnement. Notons que beaucoup d’efforts ont été réalisés par l’ensemble des élus pour rationaliser les dépenses de fonctionnement. Et il est également de plus en plus difficile de réaliser des plans d’investissement parce que les grands partenaires d’hier ont eux-mêmes davantage de difficultés : l’État, le Département ou la Région.

J’ajouterais peut-être une troisième tendance, qui n’est pas forcément positive, même si je reste prudent et que je la relativise. C’est une évolution sociétale avec des habitants qui, pour un certain nombre d’entre eux, sont de plus en plus individualistes, moins altruistes et davantage tournés vers leur propre intérêt. Nous le voyons au quotidien dans nos collectivités. Même si cette tendance n’est pas générale, il y a quand même une évolution des mentalités avec l’affirmation d’un certain individualisme ».

D.V : « Oui, mais pas seulement. Je veux dire qu’aujourd’hui, je déplore que, trop souvent, les personnes cherchent à savoir ce que telle mesure va leur rapporter. Il m’est arrivé de solliciter un propriétaire parce que la commune voulait réaliser un aménagement. Dans le passé, j’ai vu des personnes qui disaient souvent : « C’est pour la commune, c’est pour le bien public. » Elles fournissaient un effort sans hésiter. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins vrai, même s’il y a encore de très belles personnes, qui sont très ouvertes à l’altruisme, il existe malgré tout une tendance à l’individualisme qu’il ne faut pas ignorer ».

D.V : « Ces baisses auraient effectivement pu entraîner davantage d’imposition. J’ai dit « auraient pu » parce que les élus, me semble-t-il, sont réfléchis et modérés. On ne peut pas avoir recours à l’impôt en permanence pour rajouter une majoration des taxes. Ensuite, oui, les élus sont amenés à tenir compte de la situation et à en tirer des enseignements. A votre question, il y a plusieurs aspects et plusieurs réponses possibles. L’intercommunalité est sûrement un échelon pertinent parce qu’elle permet d’organiser des investissements à l’échelle du territoire. Lorsque l’on réalise, par exemple, un centre aquatique à l’échelle d’une intercommunalité, c’est pour permettre à tous les enfants du territoire d’apprendre correctement la natation scolaire à l’école primaire. L’implantation se fait de manière rationnelle. On pourrait aussi prendre l’exemple des zones d’activité. Nous avons dépassé le stade où chaque commune avait sa zone d’activité et essayait de prendre les chefs d’entreprise de la commune voisine. Aujourd’hui, il existe une volonté d’étudier les réponses à l’échelle intercommunale, notamment en matière de zones d’activité. Il faut également se demander s’il ne vaut pas mieux réhabiliter certaines zones avant d’en ouvrir de nouvelles. Dans certains cas, des communes ont également engagé des réflexions ensemble. Je pense à des équipements sportifs ou socioculturels, dans le cadre d’une mutualisation. Plutôt que d’avoir chacun un petit équipement, on peut en avoir un seul, un peu plus grand, qui soit mutualisé. Je pense aussi que les difficultés budgétaires ont amené à une rationalisation des dépenses de fonctionnement. Reste que l’on ne peut pas non plus toujours espérer réduire les coûts. Je prends l’exemple de la petite enfance. Si vous voulez organiser des centres de loisirs sans hébergement, il faut respecter des taux d’encadrement et proposer également des activités de qualité. Aujourd’hui, je pense donc que nous avons rationalisé les dépenses, travaillé avec les intercommunalités et cherché les bonnes manières d’investir de façon pertinente. Reste que l’on ne peut pas non plus indéfiniment réduire les dotations budgétaires et demander aux élus de faire toujours plus avec moins ».

D.V : « j’ai par exemple une belle émotion concernant une liste de onze élus dans ma petite commune. Voir cinq élus continuer leur engagement, et réussir à chercher et trouver 6 nouveaux élus pour compléter cette liste afin d’arriver à onze élus au total, cinq femmes et six hommes, c’est une belle émotion. Accueillir des personnes qui n’avaient jamais eu d’engagement municipal et qui acceptent, pour une commune de moins de 500 habitants, de s’engager, de se former, de découvrir ce qu’est un budget, d’accepter ou de choisir de participer non seulement aux commissions communales, mais aussi aux commissions intercommunales… Avoir la satisfaction de former des personnes et de les voir commencer à s’engager au service des autres, au niveau municipal, c’est une belle émotion.

Et puis je vais vous faire une confidence aussi. J’espère avoir une belle émotion samedi parce que, dans les remises de médailles, on m’annonce une remise de médaille à un élu qui a 98 ans. J’espère donc que nous aurons une belle remise de médaille pour un élu qui a traversé le temps et qui l’a fait de belle manière. Les émotions sont toujours là. Elles sont aussi présentes à l’échelon intercommunal, lorsque nous avons des projets.

Et puis il y a aussi, par exemple, l’émotion à l’Association des maires lorsque vous avez une seule liste proposée pour le renouvellement des 35 membres du comité directeur et que, bien qu’il n’y ait qu’une seule liste, avec un vote par correspondance, vous avez plus des deux tiers des communes qui envoient leurs bulletins. Lorsque vous faites un dépouillement avec des règles très strictes et que vous voyez que la liste est élue avec 96 % des voix, avec 1 % de bulletins blancs et 3 % de bulletins nuls, l’émotion est aussi de partager cet esprit. C’est également accueillir 57 % de nouveaux membres dans le comité directeur, dont certains nouveaux élus qui ont découvert la fonction au mois de mars, et d’autres qui sont beaucoup plus anciens. Et surtout, la fonction élective n’est jamais routinière parce que le quotidien change, parce que les difficultés budgétaires amènent aussi à être de plus en plus perspicace et inventif ».

« La satisfaction, pour moi, c’est aussi de travailler avec des collaborateurs que j’apprécie. C’est vrai au niveau de la commune, c’est vrai au niveau de l’intercommunalité, et c’est vrai également au niveau de l’Association des maires. Vous voyez, il y a toujours matière à poursuivre en étant agréablement surpris ».

— Sébastien Mittelberger
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