septembre 23, 2026

Clément Chappet annonce la chute de la maison Métro. Un écho à la nouvelle d’Edgar Poe qui concernait celle de la maison Usher, qui concentrait tellement d’angoisse, de courroux et de tristesse, qu’elle terminait par s’effondrer sur elle-même, engloutissant sur son fondement ceux qui demeuraient à l’intérieur. Pour illustrer cet opus de rentrée d’automne, Clément Chappet, entouré de Jean-Luc Rizzi, Thierry Aldeguer et d’Emma Theysset, invitait la presse aux abords du stade des Alpes, en face du chantier du futur siège de la métropole, un choix qui ne doit donc rien au hasard, afin d’annoncer, lors du prochain conseil Métro qui se tiendra vendredi 25 septembre, un certain nombre de mesures permettant à la Métropole de faire des économies significatives et immédiates,

Clément Chappet « Si nous avons souhaité organiser ce point presse aujourd’hui, c’est parce que nous sommes face à une situation d’une extrême gravité : la Métropole est aujourd’hui au pied du mur financier. Pour le dire très simplement, la Métropole se dirige vers une situation de quasi-faillite. Nous ne serons bientôt plus en capacité d’assumer un niveau de dépenses métropolitaines qui est aujourd’hui beaucoup trop élevé par rapport aux capacités réelles de la collectivité. Cela fait maintenant six mois que ce nouveau mandat a commencé. Et ce que nous constatons déjà, c’est que la majorité actuelle risque essentiellement de passer son mandat à payer les pots cassés des deux mandats précédents. Il y a quelque chose d’assez tragique dans cette situation : nous avons  des élus qui ont, pendant plusieurs années, sabordé le bateau, et qui se retrouvent aujourd’hui à devoir l’écoper pour tenter de le maintenir à flot »

C.C. « Il y a un symbole particulièrement fort de cette situation : le projet de siège métropolitain.
Un projet pharaonique qui, lui, semble ne connaître aucune limite.
Il y a dix ans, le coût annoncé était de 47 millions d’euros.
Il était passé à 70 millions d’euros il y a deux ans.
Aujourd’hui, nous en sommes à 110 millions d’euros, et ce n’est toujours pas terminé.
Vendredi, alors même que l’on reporte des investissements utiles au territoire, le conseil métropolitain va voter de nouveaux avenants qui feront encore augmenter le coût du siège de 1,5 million d’euros supplémentaires. Voilà concrètement où passe une partie de l’argent de l’investissement métropolitain ».

C.C. « Il faut être très clair : une augmentation de la taxe foncière ne réglerait en rien la trajectoire financière de la collectivité.
Elle permettrait simplement, la première année, d’aligner davantage les recettes sur les dépenses.
Mais si, derrière, aucun plan sérieux de réduction des dépenses n’est engagé, les dépenses de fonctionnement continueront d’augmenter.
Les investissements devront toujours être financés.
Et nous nous retrouverons exactement dans la même situation quelques années plus tard.
Contrairement à ce qui pourrait nous être expliqué, une hausse d’impôts ne permettra donc pas d’améliorer durablement les capacités d’investissement de la Métropole.
Elle ne permettra pas non plus d’améliorer le service rendu aux métropolitains.
Elle permettra simplement de maintenir le bateau à flot, temporairement.
Nous avons pris un engagement pendant la campagne : nous nous opposerons à toute hausse d’impôts. L’argument consistant à dire que la part de taxe foncière correspondant à la Métropole serait faible n’est pas acceptable. Quand les habitants reçoivent leur avis de taxe foncière, ils ne regardent pas quelle collectivité prélève quelle part. Ils regardent la facture finale. Et à Grenoble, le taux communal de taxe foncière est déjà parmi les plus élevés des grandes villes.
Il serait donc particulièrement difficilement supportable d’imposer une hausse supplémentaire aux Grenoblois, alors même qu’ils subissent déjà une forte pression fiscale et qu’en parallèle, le niveau de service rendu ne s’améliore pas ».

C.C « En amont du conseil métropolitain de vendredi, nous avons donc commencé à travailler.
Nous avons cherché des pistes d’économies et de nouvelles recettes permettant d’enrayer cette trajectoire. À partir des documents budgétaires auxquels nous avons accès, nous avons identifié 5,2 millions d’euros d’économies réellement activables.
Et je veux insister sur un point : ce ne sont pas des reports d’investissement. Ce sont de vraies économies.
Nous avons volontairement retenu des hypothèses prudentes, avec des estimations basses.
Nous actualiserons ce travail lorsque nous disposerons des prochains documents budgétaires, notamment du rapport social unique et des documents liés au prochain débat d’orientation budgétaire. Mais dès aujourd’hui, nous avons identifié plusieurs pistes concrètes ».


C.C « Nous proposons d’abord de travailler sur la masse salariale, l’absentéisme et l’intérim.
En auditant les contrats précaires avant leur renouvellement, nous estimons pouvoir dégager 1,4 million d’euros. Ces contrats ont augmenté de 137 % en deux ans. Il y a donc manifestement une inflation des dépenses qui paraît disproportionnée par rapport aux besoins réels de la collectivité ».

C.C « Avec une estimation volontairement basse, cela représente rapidement 1,3 million d’euros d’économies. Dans les trois prochaines années, environ 9 % des agents métropolitains partiront à la retraite, notamment dans des fonctions administratives. Il y a donc là aussi une marge de manœuvre importante. Nous proposons également une renégociation du marché d’intérim de la collecte des déchets, pour environ 700 000 euros. Aujourd’hui, les dépenses dépassent les 106 millions d’euros alors que les besoins en intérim ont diminué par rapport à certaines années précédentes. Nous proposons également un plan de prévention de l’absentéisme, qui permettrait, selon notre estimation prudente, de dégager 300 000 euros. Aujourd’hui, la Métropole compte en moyenne 23 jours d’arrêt par agent, contre 18 jours pour les métropoles comparables ».



C.C « Nous proposons également un moratoire sur certaines études, certains honoraires et certains frais de représentation non essentiels. Là encore, avec une estimation basse, nous évaluons les économies possibles à 670 000 euros. L’objectif n’est évidemment pas de supprimer toutes les études. Il s’agit de conserver celles qui sont réellement nécessaires aux projets correspondant aux compétences obligatoires de la Métropole. Nous proposons également de supprimer une campagne de communication budgétée à 125 000 euros cette année et dont, à notre connaissance, aucune première publication n’a encore été réalisée. Là encore, personne ne souffrirait de cette économie ».


C.C « Nous proposons aussi de travailler sur de nouvelles recettes. Je pense notamment au Stade des Alpes. Nous pouvons nous orienter vers un contrat de naming : un partenaire privé verse chaque année une somme à la collectivité en échange de l’association de son nom à celui du stade.
C’est une pratique aujourd’hui courante pour de nombreux stades en France.
Si l’on regarde des villes comparables, comme Rouen, avec des clubs de niveau comparable, nous estimons qu’il serait possible de dégager environ 400 000 euros par an, probablement davantage puisque le Stade des Alpes accueille deux clubs résidents. Là encore, nous retenons volontairement une hypothèse basse. L’objectif est de montrer que, même avec une approche extrêmement prudente, des recettes nouvelles sont possibles ».


C.C « Et il y a des économies que nous pouvons réaliser immédiatement. Dès le conseil métropolitain de vendredi, nous pouvons trouver 250 000 euros d’économies en réinterrogeant certaines subventions. Cela concerne notamment deux postes.
La Métropole doit voter 223 000 euros dans le cadre d’un appel à projets de solidarité internationale dans le domaine de l’eau et de l’assainissement.
Nous considérons qu’au regard de la situation financière actuelle de la collectivité, cette dépense doit être réinterrogée. Nous ne contestons pas la noblesse de la cause mais nous estimons qu’une collectivité qui n’est plus en capacité de répondre à l’ensemble des urgences sociales présentes sur son propre territoire doit aujourd’hui faire des choix.
Nous l’avons encore vu récemment avec les situations d’urgence sociale et l’occupation du siège de la Métropole. Les besoins sont considérables à Grenoble et dans l’agglomération. Nous considérons donc que les moyens doivent prioritairement être consacrés aux habitants de notre territoire. Nous proposons la même chose concernant la subvention de 20 000 euros à SOS Méditerranée. Nous estimons qu’elle peut être économisée dans le contexte financier actuel.
Enfin, nous avons identifié 71 000 euros de subventions récurrentes qui pourraient également être réinterrogées.
Là encore, il s’agit notamment de projets de développement à l’étranger qui ne présentent pas de lien direct avec les compétences prioritaires de la Métropole et les urgences auxquelles elle doit aujourd’hui répondre ».


C.C « Si nous voulons sortir de cette situation, nous devons réinterroger en profondeur le fonctionnement de la Métropole. Car, encore une fois, même une hausse d’impôts ne réglerait pas le problème. Il faudra poser une question fondamentale : qu’est-ce que doit réellement faire la Métropole ? Faut-il nous recentrer sur les compétences obligatoires ?
C’est un débat que nous devrons avoir dans les prochains mois et probablement dans les prochaines années.
Il y aura notamment la question du SMMAG. Pour simplement maintenir le SMMAG à flot sur l’ensemble du mandat, il faudrait environ 50 millions d’euros supplémentaires. La participation de la Métropole augmente déjà cette année et elle continuera d’augmenter dans les années qui viennent. Il faudra donc trouver là aussi de nouvelles sources d’économies. L’organisation interne de la Métropole devra également être réinterrogée, notamment sur les dépenses de fonctionnement et la masse salariale. Nous avions porté pendant la campagne un projet de fusion et de mutualisation des services entre la ville-centre et la Métropole et nous continuerons à le défendre. D’autant plus qu’aujourd’hui, avec la participation pleine et entière de la municipalité à la majorité métropolitaine, tous les acteurs susceptibles de permettre cette mutualisation sont autour de la table. Nous espérons donc que la majorité s’en saisira ».


C.C « Nous poursuivrons ce travail dès que nous disposerons des prochains documents budgétaires, notamment à l’approche du débat d’orientation budgétaire. Nous ferons de nouvelles propositions.
Aujourd’hui, deux chemins sont possibles.
Le premier, c’est de continuer comme avant : reporter les investissements, ne pas prendre les décisions d’économies nécessaires et laisser la trajectoire financière se dégrader.
Et à la fin, le prix fort sera payé par les métropolitains. Et les Grenoblois encore davantage, parce qu’une hausse de la taxe foncière les toucherait particulièrement.

Le deuxième chemin, c’est d’agir maintenant.
Lancer de véritables économies.
Éviter le mur fiscal et financier.
Redonner de l’oxygène à une Métropole qui étouffe financièrement.
Et lui permettre de retrouver des capacités d’investissement.
C’est ce chemin que nous voulons ouvrir aujourd’hui en mettant sur la table ces premières propositions. Nous espérons que la majorité s’en saisira et que cela permettra d’engager enfin un véritable travail de fond pour assainir la situation financière de la Métropole.


Et nous le redisons : cet assainissement doit pouvoir se faire sans augmenter les impôts des Grenoblois et des métropolitains ».



— Sébastien Mittelberger
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