
A 55 ans, Olivier Bertrand a consacré la majeure partie de son existence aux questions écologiques et climatiques. Un engagement chevillé au corps qu’il a porté du Conseil Départemental à la mairie de Grenoble comme à la Métropole où il siège au poste de vice-président en charge au cycle de l’eau. Rare dans les médias, ce professionnel discret et rigoureux revient ici sur son parcours et ses convictions.
Vous incarnez aujourd’hui l’une des figures de l’écologie grenobloise. Comment tout a commencé ?
Olivier Bertrand « Mon intérêt pour la politique remonte au lycée, à la fin des années 1980. C’était l’époque des grandes grèves liées à la loi Devaquet qui visait à réformer le fonctionnement des universités. J’ai d’abord été engagé dans le milieu associatif avant de rejoindre GO 95 puis GO Citoyenneté en 1993. Grace à ce mouvement, la gauche était rassemblée. A cette époque, nous sentions que la séquence Carignon commençait à vaciller. Ma première campagne municipale date donc de 1995 ».
Votre engagement est-il né du militantisme étudiant ?
O.B « Je n’ai jamais été militant étudiant. Ce sont davantage mes études en droit puis en management des politiques locales qui m’ont conduit vers la politique, au travers du fonctionnement des collectivités locales ».
Vous vous destiniez déjà à une carrière politique ?
O.B « Pas vraiment. Je me formais aux politiques publiques et au fonctionnement des collectivités. J’étais intéressé par la citoyenneté, les collectivités, l’action publique, avant de rejoindre pleinement le combat politique. Mon engagement est venu progressivement, au fil des rencontres et des responsabilités mais ma première approche était plutôt celle d’un technicien ».
Pourquoi avoir rejoint les écologistes ?
O.B « À la fin des années 1990, les enjeux écologiques sont devenus centraux pour moi. En 1999, GO soutient Daniel Cohn-Bendit aux élections européennes et j’adhère ensuite aux Verts. J’y retrouve des élus rigoureux, éthiques et très investis dans leurs responsabilités. L’écologie politique, à l’époque n’avait pas encore sa forme actuelle ».
Comment débute votre parcours d’élu ?
O.B « En 2004, je suis élu conseiller général presque par hasard. Je m’étais porté candidat parce qu’il fallait quelqu’un. Je n’imaginais pas être élu et je suis finalement resté dix-sept ans au Département. Il faut se souvenir qu’à cette époque, l’écologie était quasiment absente des conseils départementaux. Nous étions très peu nombreux en France. J’ai notamment alerté sur les investissements dans certaines stations de ski et sur les conséquences financières de projets que nous jugions déjà non viables. C’était une expérience formatrice. Être minoritaire, défendre ses idées sans moyens, parfois dans une certaine hostilité, forge un caractère politique. Beaucoup oublient aujourd’hui ce que représente réellement l’opposition ».
Comment évoluent vos responsabilités nationales ?
O.B « Je m’investis progressivement dans les instances nationales des écologistes, d’abord au Conseil fédéral puis au bureau exécutif. Aujourd’hui, je suis délégué national aux élections auprès de Marine Tondelier ».
Quel rôle a joué Éric Piolle dans votre parcours ?
O.B « Très tôt, dès 2011, j’ai pensé qu’il était la personnalité capable de rassembler et de gagner Grenoble. Il possédait une légitimité naturelle et faisait consensus parmi les écologistes. La suite ne m’a pas donné tort… ».
Comment avez-vous vécu la victoire de 2014 ?
O.B « C’est sans doute l’aventure politique la plus marquante de ma vie politique. Nous avions construit un projet solide et novateur et nous avons réussi à faire émerger une nouvelle majorité à Grenoble ».
Quel a été votre rôle durant ce premier mandat ?
O.B « Je siégeais à la Ville et à la Métropole, où je me suis particulièrement investi sur les questions liées à l’eau et à la construction de l’intercommunalité ».
Selon vous, pourquoi les relations entre la Ville et la Métropole se sont-elles dégradées ?
O.B « Les désaccords politiques ont fini par avoir des conséquences concrètes sur les services publics. Selon moi, certains projets, comme Neyrpic, n’auraient jamais dû voir le jour dans ces conditions ».
Votre nom est revenu régulièrement pendant les municipales de 2026. Quel a réellement été votre rôle ?
O.B « J’ai participé au comité de campagne et aux négociations de l’entre-deux-tours. J’avais l’expérience pour tenir ce rôle, mais je ne considère pas avoir été le principal artisan de cette campagne ».
Après plus de trente ans d’engagement, qu’est-ce qui vous fait tenir ?
O.B « Je trouve toujours du sens dans l’engagement public. C’est exigeant, parfois difficile, mais l’engagement donne du sens, de la profondeur. C’est ce qui me pousse à continuer ».
Comment préservez-vous votre équilibre personnel ?
O.B « Je fais une distinction très nette entre ma vie politique et ma vie familiale. Je compartimente le plus possible. J’ai deux fils, des amis en dehors de la politique et une vie personnelle qui ne dépend pas de mes mandats. Si ma vie politique s’arrêtait demain, ma vie personnelle resterait intacte ».
Les attaques politiques vous affectent-elles ?
O.B « Avec le temps, j’ai appris à prendre du recul. Les adversaires politiques effectuent leur travail, ils sont dans leur rôle. Je refuse d’entrer dans les polémiques personnelles ou les affrontements stériles ».
Avez-vous déjà envisagé d’autres fonctions, comme député ?
O.B « Oui, cette idée a pu exister. Mais les conditions politiques ne se sont jamais présentées et aujourd’hui cette perspective est derrière moi. Tout est une affaire de timing, de circonstances, de rencontres aussi. Il y a toujours un bon moment pour faire les choses, comme un alignement ».
Que représente finalement la politique pour vous ?
O.B « Ce n’est pas seulement une fonction ou une carrière. C’est une manière de vivre. Je me définis comme engagé au sens de Camus : « l’engagement fait partie de ce que je suis ». Que je sois élu ou non, je continuerai toujours à m’engager ».
Quel regard portez-vous sur la gauche aujourd’hui ?
O.B « Je suis préoccupé par ses divisions. Face à la montée de l’extrême droite, je reste convaincu qu’une candidature commune est indispensable. Le Nouveau Front Populaire a montré qu’un rassemblement pouvait fonctionner ; il faut retrouver cette dynamique ».
« L’engagement est ma ligne de vie »