Comme un marronnier pour la presse et un bâton malodorant pour l’ensemble du panorama politique, le jumelage entre Grenoble et Rehovot revient sur le devant de la scène. Un jumelage ambigu qui embarrasse la ville de Grenoble depuis 2009, comme le rappelle le talentueux Jean-Benoît Vigny dans l’encadré qui vient clore son article du jour sur le sujet.
L’actualité: Laurence Ruffin refuse d’inscrire une délibération à l’ordre du prochain conseil municipal du 29 septembre, visant à rompre ce satané jumelage avec la ville Israélienne de Rehovot, ce qui constitue, selon les Insoumis, « un bafouement total du débat démocratique et des droits des élus ». Pourtant, comme pour la maigre affaire Barbara Busch, Allan Brunon avait prévenu en amont, cette fois dès le mois de mai 2026 de son intention de déposer une délibération pour porter la rupture de ce jumelage devant l’assemblée municipale. Un vœu délibératoire resté sans réponse, la mairie préférant passer par le canal préfectoral afin de solliciter un éventuel avis, certainement souhaité, d’un éventuel et légitime trouble à l’ordre public.



CATHERINE SEGUIN PARFAITEMENT DANS SON ROLE
Faisant suite à un courrier émanant de la mairie en date du 28 juillet, Catherine Seguin, préfète de l’Isère indique, par une réponse adressée en retour, le 18 aout 2026 et par un rappel de la loi que la faculté de rompre un jumelage « s’apprécie dans le respect de l’obligation pour les collectivités territoriales de respecter les engagements internationaux de la France, de ne pas interférer avec la conduite par l’État des relations internationales de la France et de ne pas prendre parti dans un conflit de nature politique ».
Et indiquant au surplus :
« Au regard du projet de délibération que vous m’avez transmis pour avis, les motifs l’explicitant indiquent clairement que la rupture du jumelage reposerait sur un parti pris dénonçant la politique de l’État israélien vis-à-vis de de la Palestine. De ce fait, en ce qu’elle témoignerait d’une prise de position de la ville dans le conflit israélo-palestinien, cette délibération contreviendrait aux obligations susmentionnées et serait de ce fait illégale. Par ailleurs, cette délibération porterait sur un sujet clivant profondément la société française et serait porteuse de risques de troubles à l’ordre public ».
THE « CHAUD » MUST GO ONE
Conformément à son talent habituel, Allan Brunon, qui sait mieux que quiconque transformer une conférence de presse en meeting militant, arguait, accompagné au micro de ses fidèles et non moins talentueux colistiers Jasmine Nebili, Robinson Rossi et Abdelnour Djebbouri, qu’un jumelage est un acte politique et sa rupture l’est tout autant, mais rien n’y fera. L’argument pourtant développé d’un musellement des voix qui dénonce le génocide en Palestine au profit d’un éventuel trouble à l’ordre public, malgré une version amandée et revisitée de cette délibération tombe lui aussi à l’eau. La puissance juridique, le souci du maintien de l’ordre et l’interprétation à géométrie variable de l’inclusion de la politique internationale dans le débat local montre ici toute sa gamme, appréciable par chacun sous le titre bien trouvé et qui prend là tout son sens : Une tartufferie gigantesque.
Une inclusion de la politique internationale dans le débat local qui ne gêne pourtant pas plus la majorité municipale que les oppositions alors que Grenoble est pourtant jumelée à des villes italiennes, chinoises et américaines, alors que les orientations politiques des gouvernants des nations qui les abritent devraient pour le moins éveiller les sensibilités des humanistes que ne nous sommes peut-être plus, alors que le jet de la moindre bouteille d’eau minérale sur une scène musicale contestable empourpre nos indignations de canapés jusqu’à l’Assemblée nationale.
Pour autant, le show était réussi, Les Insoumis, accompagnés de collectifs de solidarités avec la Palestine dont Urgence Palestine ont fait long feu et grand bruit une heure durant mais pour finalement un bien maigre butin. Laurence Ruffin peut poursuivre ses clins d’œil à la cause palestienne sans s’associer aux Insoumis, muselant avec talent les plus indisciplinés de la même manière qu’elle coupe le micro de Clément Chappet en conseil municipal, quand elle estime que son propos n’est pas conforme à ce qu’elle peut supporter d’un opposant. Mais il faudra compter sur Allan Brunon et ses troupes pour continuer d’assurer le spectacle et de porter haut les débats, fussent-ils internationaux, dans un mandat dont la plus douloureuse et lente maladie pourrait être l’ennui.
GOOD GAME
Ainsi planqué derrière l’avis de l’État, Laurence Ruffin gagne sur tous les tableaux. Car la maire de Grenoble peut poursuivre et ce, seulement à son compte, son inclinaison pro palestienne, dans une mairie ou ce jour, le drapeau Palestinien pavoise en son fronton tout en étant parvenue à la performance de lâcher les Insoumis d’Allan Brunon quant à leur souhait de tordre le bras à la ville de Grenoble avec une délibération plus qu’embarrassante.
L’EAU D’ICI VERSION LAURENCE RUFFIN
Laurence Ruffin marque ici deux points, technique et artistique. L’angélisme de son sourire, perché au sommet de sa haute stature, indique qu’à l’avenir, il faudra pour opérer, être plus prudent quand il faut l’affronter, notamment quand elle démontre qu’elle peut sortir par la grande porte de ce qui devait être une impasse. Car ici, pas d’Ulysse Brunon, pas de Pénélope Ruffin mais une Circé qui sait parfois, autour de la table, domestiquer jusqu’à la transformation les animaux politiques les plus sauvages.
