juillet 13, 2026
Bertrand Converso

Aux commandes de la FBTP38 depuis deux mandats et dirigeant d’une entreprise presque centenaire, Bertrand CONVERSO, 54 ans, livre ici ses impressions et sa méthode pour transformer chaque contrainte en opportunité, chaque enjeu en énergie, dans un secteur en grande tension et dans lequel, plus que jamais, l’humain conserve une place centrale.

Bertrand Converso : « Nous savons tous que la profession traverse une période difficile. La principale raison est le recul de l’investissement public. La diminution des dotations de l’État a une conséquence directe : les collectivités réduisent leurs commandes de travaux, car c’est l’un des leviers les plus rapides pour équilibrer leurs budgets. Lorsqu’une collectivité doit absorber une baisse de 10, 15 ou 20 % de ses ressources, elle reporte ou annule des projets. Pour les travaux publics, c’est particulièrement préoccupant puisque près de 70 % de notre activité dépend de la commande publique. Les prévisions pour 2026 annoncent une baisse d’environ 10 % de l’activité au niveau national. En Isère et dans l’agglomération grenobloise, la situation est même plus dégradée ».

B.C. « C’était effectivement le cas. Lors des crises précédentes, notre territoire absorbait généralement mieux les chocs que la moyenne nationale. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les indicateurs locaux se dégradent plus rapidement. Cette situation résulte d’un cumul de facteurs. Il y a d’abord la baisse progressive des dotations de l’État, annoncée depuis plusieurs années. Ensuite, nous sommes dans un cycle électoral qui ralentit naturellement les investissements des collectivités. Les communes restent nos principaux donneurs d’ordre, et après chaque échéance électorale, il faut du temps avant que les nouveaux projets soient lancés. Le problème est que ces deux phénomènes se cumulent. Un euro en moins pour une collectivité, ce n’est pas seulement un euro de moins : ce sont parfois plusieurs euros qui disparaissent de la commande publique et, finalement, de l’activité de nos entreprises ».

B.C. « Oui. Nous sommes entrés dans une succession quasi permanente de campagnes électorales. À peine une élection terminée qu’une autre commence. Cette temporalité politique est devenue beaucoup trop courte par rapport au temps économique. Les élus eux-mêmes en subissent les conséquences. Ils disposent rarement du temps nécessaire pour déployer sereinement une politique publique sur leur territoire. Cette instabilité finit par freiner les investissements et donc l’activité économique ».

B.C. « Nous comptons 720 entreprises adhérentes, de l’artisan jusqu’aux grands groupes nationaux. Elles représentent plus de 17 000 salariés sur les 30 000 que compte la branche BTP dans le département. Le secteur du BTP en Isère génère près de 4 milliards d’euros d’activité chaque année. Nous faisons partie des principales filières économiques du territoire, tant par le nombre d’emplois que par le chiffre d’affaires ».

B.C. « C’est une immense satisfaction. Cette manifestation nationale s’est tenue cette année à Grenoble à notre initiative et a rassemblé 520 femmes du BTP. C’est tout simplement le record national depuis la création de l’événement il y a onze ans. Notre profession évolue. Les femmes représentent encore seulement 13 % des effectifs, souvent dans les fonctions administratives, mais cette tendance change rapidement. Nous accueillons de plus en plus de femmes dans les métiers techniques et de chantier. Au sein de la fédération, notre groupe Femmes rassemble près de 65 dirigeantes. C’est aujourd’hui l’une des sections les plus dynamiques ».

B.C. « Depuis mon premier mandat, nous avons traversé une succession de crises. Notre rôle a été double. Le premier consiste à répondre à l’urgence : accompagner les entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie, de recrutement ou d’organisation et leur apporter des solutions concrètes.

Le second est de garder les yeux fixés sur l’avenir. Nous devons préparer nos adhérents aux grandes transformations qui arrivent : rénovation énergétique, intelligence artificielle, évolutions fiscales ou réglementaires. Une fédération ne peut pas seulement gérer le quotidien ; elle doit aussi anticiper.                                                                                                        Il y a également un sujet dont on parle encore trop peu : la solitude du dirigeant. Derrière chaque entreprise, il y a une femme ou un homme qui porte des responsabilités considérables. Notre mission est aussi d’accompagner ces personnes ».

B.C. « Contrairement à certaines idées reçues, notre secteur travaille sur ces questions depuis longtemps. La Fédération nationale est engagée sur ces sujets depuis près de dix ans. En Isère, nous avons créé un groupe de travail dédié à l’Intelligence Artificielle réunissant des entrepreneurs particulièrement investis sur ces questions. Ils identifient les solutions utiles, testent les nouveaux outils et diffusent les bonnes pratiques auprès de nos adhérents. Nous travaillons avec des écoles, avec la fédération nationale, avec les services de l’État et même avec le renseignement territorial sur les questions de cybersécurité et de protection des données. L’IA représente une formidable opportunité, mais elle impose aussi un cadre. Une mauvaise utilisation peut exposer les entreprises à des risques importants. Elle transformera profondément nos métiers. Certaines tâches seront automatisées, les formations devront évoluer et de nouveaux usages apparaîtront. Notre rôle est précisément d’anticiper ces changements afin que nos entreprises prennent une longueur d’avance ».

B.C. « Elle est quotidienne. Notre entreprise familiale travaille avec les collectivités depuis bientôt cent ans. Nous connaissons leurs contraintes et nous respectons leur engagement. La fédération est aujourd’hui associée aux grandes réflexions sur l’urbanisme, le logement, les mobilités ou encore l’aménagement du territoire. Nous participons notamment aux travaux sur le SCOT. Nous jouons un rôle de courroie de transmission entre les entreprises, les habitants et les décideurs publics. Nos 30 000 salariés vivent sur ce territoire ; ils connaissent les difficultés de logement, de mobilité ou d’accès aux services. Nous sommes bien placés pour faire remonter cette réalité ».

B.C. « Ne réduisez pas l’investissement. Chaque euro investi dans la construction ou les infrastructures génère de l’activité économique, de l’emploi, des recettes fiscales et de la valeur pour le territoire. Depuis plusieurs années, la construction est souvent présentée comme un problème. Je pense exactement l’inverse. Le logement, les équipements publics et les infrastructures sont des moteurs de développement. Nous redresserons les finances publiques par l’investissement, pas par son abandon ».

B.C. « Beaucoup d’émotion, chaque jour. Ce mandat demande énormément de temps et d’énergie. Je m’y investis pleinement parce que je considère qu’il engage bien plus que ma personne. Notre entreprise familiale existera bientôt depuis cent ans. Nous avons construit des écoles, des bâtiments publics, des logements, des ouvrages qui font aujourd’hui partie du paysage isérois. C’est une histoire familiale profondément liée au territoire. Mon engagement à la fédération, comme auparavant dans le logement social ou aujourd’hui encore au sein d’Action Logement, est une façon de rendre au territoire ce qu’il nous a apporté. Être président oblige. Lorsqu’un adhérent rencontre une difficulté ou une situation injuste, je considère qu’il est de mon devoir de tout mettre en œuvre pour l’aider. La Fédération du BTP de l’Isère porte près de 140 ans d’histoire. Nous avons la responsabilité de faire vivre cet héritage et de préparer l’avenir.                                                                                                                        C’est exigeant, parfois fatigant, mais c’est avant tout une immense source de satisfaction ».

— Sébastien Mittelberger
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