
Orthographe ? Non, non, non !
Phonographe ? Je vous dis que non !
Pornographe ? Laissons cela !
Métrographe ?Toujours pas !
Depuis quelques jours, dans notre petit landerneau,
Un drôle de journal fait grand bruit en écho.
Sur les Réseaux sociaux soudain, le voilà que s’agrafe
Le bien mystérieux Métrographe.
Et d’aucuns, ma foi, avec quelque insistance,
Ont cru voir en moi sa secrète naissance.
Certains vont même plus loin, poussés par leur intuition :
« Allons, avoue donc ! Tu en es le père de publication ! »
Eh bien non, mes amis, il me faut le proclamer,
Ici, publiquement et sans bien-sûr trembler :
Malgré tout le respect que cette œuvre m’inspire,
Je n’y suis pour rien, et je tiens à le dire.
Car si l’objet, mystérieux, mérite quelque admiration,
Et si nous partageons la même inclination
Pour ce bel échelon de notre territoire,
Nos éditoriaux ne sauraient se confondre dans l’histoire.
Premier argument sur lequel s’étendre
Que je vous invite ici tranquillement à entendre :
Bien des choses écrites dans ce curieux journal
Pourraient bien trouver refuge sur mon portail.
Alors dites-moi donc, avec toute raison :
Pourquoi diable inventer une seconde édition ?
À quoi bon faire deux fois ce que l’on peut écrire une fois,
Quand un seul ego suffit à mes émois ?
Et puis vient le second, beaucoup plus personnel,
Qui touche à mon orgueil, ô combien essentiel.
Car voyez-vous, je l’avoue, sans détour ni pudeur :
J’aime beaucoup trop mon nom pour en taire la teneur.
Et je m’aime suffisamment soyons donc très clairs
Pour signer de ma main tous mes épistolaires
Donc je ne concevrais guère, dans un élan d’abandon,
De publier quoi que ce soit sans y coller mon nom.
Mais trêve de procès, de démentis, de querelles :
Je veux saluer ici quelques qualités fort belles.
Le goût du second degré, d’abord, que je reconnais,
Et la précision de certaines données.
J’applaudis aussi, il faut bien le confesser,
À ce sens du titre qui peut parfois m’agacer.
Car lorsque quelques mots, avec grâce et malice,
Font mouche à ce point-là, pour mon ego : quel supplice.
Meylancolie, par exemple, ah, ma chère Alma,
Celui-là, je l’avoue, j’aurais aimé l’avoir, moi.
J’aurais aimé le trouver, le cueillir le premier,
Avant que vous ne veniez prestement dégainer.
Mais qu’importe après tout, dans ce paysage étrange,
Où chacun cherche sa voix, sa place et son mélange,
Où médias, blogs et réseaux, dans un joyeux attelage
Tentent d’exister et d’inscrire leurs messages.
Je souhaite donc le meilleur à tous nos confrères,
Aux plumes bien visibles comme aux claviers solitaires,
À ceux qui signent leurs textes, à ceux qui restent cachés,
Aux auteurs reconnus comme aux anonymes inspirés.
Car finalement, qu’importe le nom ou la bannière,
Pourvu que demeure vive l’envie d’écrire et de faire.
Et si quelques bons mots viennent troubler le landerneau,
Ma foi, réjouissons-nous car plaisant au tableau.
Alors, pour clore ici cette étrange affaire,
Une dernière fois, puisque décidément il faut le faire :
Métrographe, alors ?
Non, vraiment je n’en suis rien ; d’accord ?