septembre 25, 2026

Emmanuel Lenoir, président de Labelville revient sur le succès de l’édition 2026 de la Belle Braderie et développe les atouts de Grenoble ainsi que sa conviction qu’il faut construire ensemble le commerce de demain à Grenoble, au-delà de la morosité induite par un contexte économique contraint et d’un bashing contre-productif.

Emmanuel Lenoir : « Labelville, c’est environ 300 adhérents, donc 300 commerçants. Avec des départs bien sûr mais surtout des arrivées de jeunes commerçants arrivent et nous rejoignent pour soutenir Labelville. A titre personnel, J’en suis aujourd’hui à mon sixième mandat en tant que président. L’élection a lieu au mois de janvier, donc je serai peut-être candidat pour un septième mandat. Mais rien n’est immuable. J’aime bien le changement, j’aime bien les nouvelles têtes, c’est important. Dans mon bureau, j’ai une équipe formidable qui travaille avec moi et c’est parfait. Parfois, il faut aussi savoir renouveler. Mais je resterai toujours au bureau ».

Emmanuel Lenoir : « Exactement. C’est la sixième édition. Je les ai toutes faites. La première n’était pas de mon fait, mais j’étais déjà au bureau de La Belle Ville. À l’époque, nous sortions de la crise sanitaire (Covid) et Christian Hoffmann, qui était alors mon prédécesseur à la tête de Labelville, avait dit : « Il faut qu’on fasse quelque chose pour les commerçants. » Ils avaient alors du stock, alors nous eut l’idée d’organiser une braderie pour faciliter le déstockage de nos ressortissants. Au départ, cette initiative s’adressait directement aux commerçants. Puis on avait ajouté quelques créateurs et quelques artisans. De fil en aiguille, tout a grandi. Aujourd’hui, on compte environ 130 commerçants et une centaine d’artisans et de créateurs, auxquels s’ajoutent toute la partie snacking, jeux, les déambulations et la musique. C’est vraiment devenu une fête du centre-ville ».

Emmanuel Lenoir : « Je n’ai pas encore de chiffres précis, parce qu’on est en train de faire une étude. Je vais donc essayer de voir si on peut mettre en place un vrai comptage. Aujourd’hui, je peux simplement dire que les commerçants sont satisfaits. Les créateurs et les artisans le sont également. Ils savent me le dire quand un événement fonctionne, et surtout quand il ne fonctionne pas. Et puis ce sont effectivement des événements très sensibles à la météo. L’année dernière, malheureusement, on avait subi un orage à 15 heures et on avait dû tout plier. Là, les conditions étaient idéales ».

Emmanuel Lenoir : « Oui, des milliers, c’est certain. Et avec une vraie amplitude, du matin jusqu’au soir. On a commencé à 10 heures et, à 18 h 30, on nous demandait encore des sandwiches et des choses à manger. C’est juste phénoménal. À 10 heures, il y avait déjà énormément de monde. Dimanche matin, lors de la déambulation, rue de Beaune, on avançait difficilement. Ce n’était pas nous qui décidions du rythme : c’était la foule qui nous imposait son rythme. Ça donne du baume au cœur. Le soir, quand on ferme, même lorsqu’on pousse les chariots et les tables pour les ranger dans les garages, je peux vous dire qu’on les pousse avec beaucoup de bonheur, beaucoup d’enthousiasme et beaucoup d’énergie. Quand vous êtes capables, dès le début de la semaine, d’attirer des milliers de personnes dans Grenoble, dans une zone piétonne où vous ne dérangez personne, et qu’au contraire vous mettez en valeur nos commerces, nos rues, nos créateurs et nos artisans, ça ne peut être que positif. Pour autant, je ne cache pas que le contexte est difficile. Il suffit de lire les journaux, de regarder la télévision, Internet ou simplement d’écouter ce qui se passe autour de nous. Le commerce est en difficulté. Mais on peut réaliser des choses avec les moyens du bord. On n’est pas allé chercher midi à quatorze heures. Il a fallu de la bonne volonté de certains commerçants, des petites mains, des idées… Et voilà, on arrive à faire ça. Six éditions, c’est quand même merveilleux. Cela montre qu’on a un tissu commercial à Grenoble qui tient la route ».

Emmanuel Lenoir : « Oui, c’est un vrai sujet et c’est l’un des vrais problèmes. Neyrpic a ouvert il y a maintenant deux ans. Ils sont là, ils complètent leur offre avec de nouvelles enseignes, un cinéma qui arrive… J’aurais préféré qu’ils ne soient pas là, c’est évident. Mais maintenant, ils sont là. C’est comme Internet : Internet est là, on ne va pas le nier. Au contraire, je crois qu’avec Neyrpic, nous avons su collaborer. Ils nous ont annoncé la Belle Braderie et n’ont pas hésité à communiquer sur l’événement dans leur centre. Une forme de collaboration se met donc en place. Et tout le monde joue le jeu. Pour moi, le commerce du centre-ville est évidemment en difficulté, mais le commerce en général ne va pas forcément mieux. Les problèmes de consommation et de pouvoir d’achat ne sont pas localisés à Grenoble. À Saint-Martin-d’Hères, à Grand Place, à Échirolles, c’est pareil. Même les zones commerciales connaissent des difficultés similaires à celles que nous rencontrons en centre-ville. Il y a, des cellules qui ne sont pas occupées à Grand Place ou à Neyrpic, c’est comme ça. C’est la difficulté du moment. Mais nous devons jouer sur nos atouts. J’aime dire que Neyrpic nous a un peu copiés : ils ont créé des rues. Ce n’est pas un centre commercial fermé. Et ça veut bien dire quelque chose : nos rues ont de l’attrait, elles sont extrêmement positives ».

Emmanuel Lenoir : « Par la mobilité, la propreté et la sécurité. Il faut faciliter la mobilité, assurer la propreté et la sécurité. Et ça, c’est entre les mains de tout le monde : les commerçants comme les élus. Il n’y a pas besoin d’aller chercher au niveau national ou international. C’est à l’échelon local qu’il faut travailler pour réussir l’attractivité de Grenoble. Cela étant, nous avons aussi le patrimoine. Dimanche, nous nous étions associés aux Journées du Patrimoine. Il y avait des gens qui faisaient des visites, d’autres qui faisaient des achats. Certains faisaient les deux. Ils ont simplement passé une belle journée à Grenoble, sous le soleil. C’était merveilleux, parce que c’est une accumulation de forces, un rassemblement de tous les ingrédients nécessaires pour réussir et faire en sorte que tout le monde sorte gagnant. Si on élargit maintenant le débat, les difficultés que rencontre le commerce grenoblois, on les retrouve dans beaucoup d’autres villes, grandes ou petites ». 

Emmanuel Lenoir : « Je pense que c’est multifactoriel. Déjà, certains secteurs sont plus touchés que d’autres. Je pense notamment à l’habillement, à la chaussure, à l’équipement de la personne et à l’équipement de la maison. Ceux-là sont réellement touchés parce qu’ils sont entrés dans la crise plus tôt que d’autres secteurs. L’alimentaire est désormais touché, alors qu’il avait jusqu’à présent été un peu préservé. Le loisir, lui, reste encore relativement épargné, ce consta relevant d’une conjonction de facteurs.  Prenons l’exemple des livraisons. Le coût du carburant a forcément un impact direct qui se répercute de facto sur les couts d’exploitation. Et plus la structure est petite, plus il est difficile de modifier les charges et les coûts. Les coûts augmentent, mais les prix de vente restent toujours difficiles à augmenter, même si malheureusement nous sommes parfois obligés de le faire. Une situation qui a une incidence évidente sur la marge, le bénéfice, le résultat. Et lorsque l’année est terminée et que le bilan sort, il est parfois trop tard ».

Emmanuel Lenoir : « Oui. Aujourd’hui, un commerçant n’aura jamais la profondeur de gamme qu’une plateforme comme Temu ou Amazon peut proposer. En revanche, rien ne peut rivaliser avec le sourire. Avec l’accueil. Avec cette présence physique, cette expérience humaine, cette chaleur. Tout ne peut pas se vivre au travers de quelques clics et d’un clavier ».

Emmanuel Lenoir : « Oui, et ça va très vite. Les générations qui sont nées avec les portables, qui sont nées avec le digital, ne consomment pas du tout comme nous, ni comme la génération précédente. Et puis il y a encore une génération qui a tendance à vouloir venir avec sa voiture à côté du magasin. C’est une habitude. Elle a utilisé sa voiture toute sa vie. Je ne vois pas comment on pourrait simplement demander à ces personnes de passer aux trottinettes ou aux vélos. Il faut vivre avec ces réalités. Cela signifie que, notamment sur la mobilité, l’adaptation doit se faire, mais pas de manière dogmatique : de manière pragmatique. Les commerces ont besoin de tout le monde. On a besoin des gens qui se déplacent à vélo ou en trottinette, mais on a aussi besoin de ceux qui se déplacent en voiture ».

Emmanuel Lenoir : « Oui, c’est mon quotidien. Et aujourd’hui, c’est une vraie force. Nous sommes soutenus par les chambres consulaires, les CCI, les CMA, les élus métropolitains, la Ville, la Région, le Département. C’est ensemble que nous arriverons à construire le commerce de demain, parce que personne ne détient la vérité absolue. Personne ne sait ce que sera précisément le commerce dans cinq ans. Avant, on pouvait peut-être se dire : « On a dix ans devant nous. » Aujourd’hui, nous n’avons pas dix ans devant nous. Il y aura toujours des quartiers, des zones piétonnes, des parcours. Prenez Grenoble : comment fait-on pour aller de la Tour Perret à la Bastille ? Sans les élus autour de la table, sans les chambres consulaires, nous ne serions pas en capacité de réinventer le parcours. Pour autant, sur ce passage entre la Tour Perret et la Bastille, il doit y avoir de la culture, du patrimoine et des commerces. Afin de permettre à toutes et tous de déambuler dans la ville. Cela nécessite aussi des parkings, parce que les visiteurs étrangers ou extérieurs à Grenoble qui viennent voir la Tour Perret doivent pouvoir être accueillis. Pour moi, il est donc essentiel de travailler ensemble avec les équipes qui travaillent sur la mobilité, la propreté, la sécurité, les parcours. Même l’Office de tourisme doit être associé à cette réflexion ». 

Emmanuel Lenoir : « Le commerce, je suis né dedans. Ce qui me plaît dans La Belle Ville, c’est justement de rassembler et de travailler avec les commerçants. Je rencontre des commerçants qui ne sont pas uniquement dans mon domaine, mais qui travaillent dans d’autres secteurs et rencontrent d’autres difficultés. Derrière l’emblème du commerce, je rencontre de grandes enseignes comme de petits commerçants indépendants. Et puis le plaisir, c’est aussi de pouvoir échanger avec des gens qui n’ont pas forcément les mêmes idées que moi sur le commerce, mais avec lesquels on essaie de construire quelque chose pour aller de l’avant. L’objectif, c’est de dire : à Grenoble, nous avons anticipé certaines difficultés et nous essayons de construire ce centre commercial à ciel ouvert qui, pour moi, est le plus joli de la région. Tout en s’adaptant au contexte actuel. Et tout cela, avec le concours de toutes les forces dont nous avons parlé : les collectivités, les chambres consulaires, les commerçants, les acteurs du territoire ».

« C’est vraiment tous ensemble que nous réussirons à faire vivre et évoluer le commerce grenoblois ».

— Sébastien Mittelberger
Publicité