
Personnalité connue du bassin Grenoblois et reconnue dans sa profession, à la tête de son entreprise, implantée depuis toujours à Grenoble et dédiée à l’immobilier d’entreprise, Hugues de Villard entend axer son mandat de président de la FNAIM 38 sur le développement du service proposé aux adhérents de la FNAIM et au développement des liens avec les pouvoirs publics locaux.
Une nomination en qualité de président de la FNAIM qui relève de l’exception nationale puisque c’est seulement la deuxième fois en France qu’un président départemental de cette instance provient de l’immobilier d’entreprise et non du logement. Un précédent toutefois avec la nomination de Frédéric Berthet, président de la FNAIM du Rhône et qui vient, lui aussi de l’immobilier d’entreprise. Hugues de Villard, en devenant président de la FNAIM 38, prend le gouvernail de la 8° chambre départementale de France et forte de plus de 130 agences immobilières. Il succède de Stéphane Chaissé, nommé à la tête de la commission des finances à la FNAIM nationale.
Comment se comporte le secteur de l’immobilier et plus particulièrement en Isère ?
H.d.V. « Il est important de scinder notre profession en deux secteurs. Celui de la transaction et celui de la location. Sans atteindre les records de 2021, la transaction se porte plutôt correctement avec environ 900 000 actes de vente annuels en France. En revanche, les prix des transactions sont en légers retraits. A Grenoble, nous constatons peu de phénomènes liés à l’inflation. Entre 2014 et 2026, nous observons seulement 4% de hausse au mètre carré, ce qui est très inférieur au cumul de la courbe de l’inflation sur la période similaire. On observe également que Grenoble bénéficie d’un marché très équilibré entre l’offre et la demande, sans tension particulière avec un prix moyen au mètre carré de 2483 euros.
Le marché locatif se comporte également bien puisque 90% des appartements sont au-dessous du plafond de l’encadrement des loyers ce qui nous place dans une position très favorable au regard de ce qu’on peut observer à Lyon ou à Paris qui souffrent d’une pénurie d’offre de bien à la location avec des propriétaires qui peuvent être tentés de placer leurs biens en airbnb ou en loueurs meublés professionnels, sortant ainsi du marché locatif classique. Ce phénomène s’explique par le prix du mètre carré dans ces villes qui ne permet plus aux propriétaires souhaitant louer leurs biens d’être dans les clous des lois liées à l’encadrement des loyers.
Au regard de ces observations, nous pouvons dire que le marché Isérois est sain, sans surtension tant sur l’offre que sur les tarifs, comme on peut encore une fois l’observer dans des villes comme Lyon et Paris. Toutefois, l’écueil de notre profession se situe entre l’ancien et le neuf. Car le neuf est contraint par le cout de revient à la construction. Le secteur de la promotion immobilière subit en effet beaucoup plus de tensions que celui de la transaction immobilière à cause du facteur de rentabilité ».
Les banques sont-elles toujours des partenaires majeurs ?
H.d.V. « Oui. Si les banques sont vigilantes en matière de délivrances de prêts immobiliers, la conjoncture géopolitique et notamment les tensions liées au conflit iranien impacte l’inflation ce qui se traduit dans notre secteur d’activité par une hausse des taux par la Banque Centrale Européenne, ce qui influence bien évidemment les crédits à long terme. A ce jour, les banques ont donc légèrement augmenté les taux immobiliers. Pour autant, il ne faudrait pas que cette trajectoire s’accentue puisque cela finirait par gripper la machine immobilière, le marché de la transaction dépendant principalement de cette courbe des taux bancaires ».
Les usages tels que le télétravail modifient-t-il les usages des habitants ?
H.d.V. « Quand les personnes accèdent à un nouveau logement, ils sont attentifs à ce qu’un espace dédié à leur activité puisse être disponible afin de pouvoir travailler de leurs domiciles. Aujourd’hui, le télétravail est devenu le premier critère d’exigence des salariés. Il est important que les acteurs de l’immobilier soient attentifs à ce type de requête car elles modifient l’usage de l’habitat ».
Comment se porte l’immobilier d’entreprise et plus précisément les biens commerciaux?
H.d.V. « Tout dépend de la taille des zones activités commerciales. Les plus significatives comme Cap38 à St Egrève ou encore Comboire et St Martin d’Hères ne connaissent aucunes difficultés. En revanche, c’est plus compliqué pour des zones d’activités plus modestes qui rencontrent plus de obstacles. Il faut ajouter que des polarités sont à observer. Les communes sont de plus en plus compétitives dans le domaine de l’offre commerciale et leurs habitants viennent moins à Grenoble pour faire leurs achats. Plus loin, la vente en ligne qui, selon moi est le premier facteur de retrait de l’activité commerciale cumulé aux difficultés liées à la circulation en centre-ville ont forcément une incidence sur la bonne santé des commerces et donc sur l’immobilier d’entreprise. Pour exemple, la CCI indiquait dernièrement que la baisse de la fréquentation piétonne est à estimer à hauteur de -5%. La vacance est un phénomène que l’on peut observer dans de nombreuses communes, notamment à Paris, et cela même sur des axes réputés commerçants. Toutefois, si ce constat peut être visible dans bien des villes, il n’est pas irréversible ».
Le airbnb est-il un concurrent au marché locatif ?
H.d.V. « C’est un phénomène durable qu’il faut prendre en compte. Il faut en revanche lutter pour que le airbnb ne se transforme pas en location annuelle et qui deviendrait une location classique déguisée. Les airbnb se louent beaucoup plus chers à la journée et ne sont pas taxés de la même manière que les locations classiques. Plus encore, les airbnb n’ont pas les mêmes charges que les hôteliers, ce qui les placent en concurrence à la fois avec le secteur de l’hôtellerie et avec le marché locatif. Il est donc impératif que cette offre soit systématiquement limitée dans le temps, c’est-à-dire pour un maximum de trois mois, notamment sur la période estivale ».
Quels seront les axes de votre mandat ?
H.d.V. « Un des premiers axes consiste à augmenter le nombre d’adhérents afin d’intensifier le rayonnement de la FNAIM. Pour y parvenir, il faut que la FNAIM mette en avant des services qu’elle offre en retour aux adhérents. Notamment en défendant les intérêts des agences auprès des échelons politiques locaux et nationaux. Je pense au permis de louer qui est encadré par la loi mais avec la possibilité de le revisiter localement mais également à tout ce qui concerne l’encadrement des loyers et dont les règles varient d’une commune à l’autre. Le deuxième axe principal portera sur une attention toute particulière à ce que la FNAIM 38 communique auprès des pouvoirs publics. Une communication qui passe par des échanges avec les élus qui composent notre territoire ».
Ce mandat vous procure-t-il des émotions particulières ?
H.d.V. « Ce métier m’a énormément donné au travers des échanges et des rencontres. Le contact est toujours pour moi une priorité. Si jusque-là, mon activité professionnelle m’a permis d’aider mes clients, à les orienter et les accompagner le mieux possible, mon mandat de président de la FNAIM 38 me permet d’aider et d’accompagner mes confrères, de m’engager auprès d’eux comme je me suis toujours engagé auprès de toutes et tous, tout au long de ma carrière ».