
A encore moins de 40 ans, issu d’une lignée italo-espagnole dont les ascendants ont fui le régime de Franco et le fascisme de Mussolini, natif de Lyon, élevé dans la Drôme, au pied du Vercors, d’un père formateur en informatique et d’une mère ébéniste de formation mais qui sillonnera nos rues et nos routes au volant d’autobus, Jérémie Giono, rédacteur territorial dans le civil et Secrétaire Départemental du Parti Communiste de la fédération de l’Isère nous décrit ici son parcours, fait d’engagement politique avec un gout prononcé pour la transmission et l’émancipation de l’individu au travers de l’animation des collectifs.
Jérémie Giono « Je suis de la génération du 21 avril (2002). Avec quelques copains, alors que nous étions encore lycéens, nous faisions la tournée des boutiques de gauche : PS, LCR, PC, pour atterrir rapidement dans la section drômoise du Parti Communiste. Un choix politique qui s’est fait après un rapide papillonage. A titre personnel, le PC incarnait et incarne encore aujourd’hui la seule formation politique qui inclut le monde ouvrier comme celui de militants provenant de tous les milieux sociaux avec à la fois une ambition de radicalité avec l’envie de transformer la société en profondeur et le pragmatisme nécessaire pour y parvenir. Plus encore, le PC avait des positions progressistes sur des sujets comme le nucléaire ou la taxe Tobin (taxe sur les transactions financières) et le PC, à contrario d’autres partis de gauche comme le PS ou la LCR, n’était pas englué dans des logiques internes de courants et de tendances. Après un bac scientifique, je m’oriente vers une fac d’histoire, plus en adéquation avec une trajectoire politique et militante. Une trajectoire illustrée par le mouvement CPE (Contrat Première Embauche, février 2006) aux côtés de Bernard Gerbier, qui était à ce moment-là patron de la fac d’économie de Grenoble et premier lien d’action militante avec la CGT ce qui a fini par mettre en œuvre une dissidence au sein de l’UNEF dont nous étions quelques-uns à souhaiter qu’elle redevienne une véritable organisation syndicale étudiante et non pas une base avancée des déçus du MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes). Durant mon cursus universitaire, je rejoins donc l’UNEF (réunifiée). L’époque ou se battent les Emmanuellistes et les Mélenchonistes., Bien qu’ayant ma carte du Parti Communiste j’oblique vers les Mélenchonistes. J’intègre ensuite l’UEC (Union des Étudiants Communistes) dans la branche trésorerie, organisation, logistique et politique. Les circonstances de la vie m’entrainent alors à Paris, séquence durant laquelle je partage mon temps entre mes études et ma trajectoire militante. Très vite je demande à mes parents de cesser de financer mes études puisqu’une bonne partie de ma vie est désormais consacrée à militer. J’obtiens un travail d’équipier au Quick des Champs Élysées. Là aussi, je participe à l’installation d’un syndicat qui aboutira à un mouvement social important en lien avec la vente de ce fleuron de la restauration rapide qui laissait sur le carreau nombre d’emplois étudiants mais également des salariés en CDI. A l’issue de négociations âpres mais formatrices pour le jeune homme que j’étais à l’époque, nous obtiendrons, entre autres, le reclassement de l’ensemble des salariés. En 2012, avec un concours de rédacteur territorial en poche, je reviens à Grenoble. Politiquement, un cadre du PC m’informe qu’il faut reconstruire la présence du PC à Pont-de Claix, perdu en 2008, en vue des municipales 2014.Des élections municipales que nous perdrons face à Christophe Ferrari, mais avec un score honorable (30,01% contre 50,73% pour Christophe Ferrari. Une liste divers droite totalisera 19,25%). Les municipales de 2014 rebattent toutefois les cartes. Des candidats socialistes perdent des villes importantes comme Bourgoin-Jallieu et Grenoble. L’appareil de l’époque qui tenait en partie grâce aux élus Grenoblois, s’effondre. Fort de cela, j’épaule Annie David, sénatrice communiste de l’Isère dans l’objectif de renouer du lien entre les élus, le parti ; entre les territoires et les sections avec l’idée forte de refaire du PC une force cohérente et cohésive sur le département de l’Isère. C’est à ce moment qu’Amadine Demore, qui était patronne de la section d’Echirolles rentre dans l’exécutif fédéral, comme des camarades de Saint Matin d’Hères. Dès lors, le Parti redevient une force offensive qui se renouvelle, en capacité de faire émerger des personnalités dans un cadre sain. C’est ainsi que je prends la suite d’Annie David à la tête de la fédération de l’Isère en novembre 2018 ».
Que représente le Parti Communiste en Isère ?
J.G. « Le Parti Communiste en Isère, c’est Entre 600 et 800 adhérents cotisants avec une progression de 120 nouvelles adhésions ces 3 dernières années pour une 20 sections réparties sur l’ensemble du département. Cela représente environ 120 élus et une dizaine de mairies à nos couleurs avec deux pôles de forces installés sur l’agglomération Grenobloise, avec Echirolles et Saint Martin d’Hères ainsi que sur le secteur de Roussillon, avec Salaise sur Sanne et Péage de Roussillon ».
En quoi consiste la fonction de Secrétaire départemental du Parti Communiste ?
J.G. « Je pense que cela repose beaucoup sur l’entretien des liens avec le territoire, avec la mise en mouvement des personnes, des bénévoles par l’intermédiaire de nombreuses actions. Nous sommes la première force en nombre d’élus encartés à gauche sur le département. Notre centre de gravité n’est pas forcément dans les mairies mais sur le terrain avec des actions événementielles telles que des lotos, des concours de belotes, mais également une participation forte à la foire de Beaucroissant via l’organisation de moments conviviaux allant jusqu’à 1600 repas servis auxquels s’ajoutent des espaces de débat politique durant lesquels nous animons de véritables espaces de dialogues avec la population, aidés en cela par notre média, le Travailleur Alpin. Il faut impérativement être présent dans des espaces de sociabilités populaires, de solidarités concrètes comme les fruits et légumes solidaires où, à chaque automne, nous écoulons entre 3 et 4 tonnes de denrées sur une douzaine de points de vente dans le cadre d’actions militantes en lien avec des paysans avec une logique de prix coutant. Ces actions participent à amener le débat politique à des endroits où nous ne sommes pas forcément attendus. Nous nous réclamons d’être un cadre d’émancipation intellectuel et collectif, par l’action comme par la réflexion. Au PC, nous formons les militants de telle sorte qu’une personne qui évolue dans un cadre professionnel modeste peut animer une conférence sur la défense nationale, ce qui permet de casser l’assignation sociale. La conquête de la véritable liberté passe par ce refus des assignations de classe. Nous vivons dans un monde dans lequel le libéralisme dominant fait la promotion de l’individu roi ou l’échelon de la liberté se mesurerait à un indice de consommation. Nous sommes en désaccord total avec cette approche qui soumet chacun à la société et à son système. Selon nous, c’est le collectif qui rend l’individu libre. Ces démarches demandent beaucoup d’écoute, de suivi, de discussions, pour mettre des collectifs en dynamique, faire en sorte que des gens différents puissent faire des choses ensemble. Politiquement, concernant notamment les élections, je tiens à jouer un rôle de coordinateur, avec une prise de recul ce qui me permet de placer ma valeur ajoutée au service de candidats positionnés comme têtes de listes comme ce fût le cas à Rives, avec la campagne de Jérome Barbieri. Ma fonction consiste aussi à intervenir sur les angles morts. Enfin, cette fonction consiste également à organiser des temps forts dans les sections avec la tenue d’assemblées et de bureaux de sections. De la même manière au conseil départemental de la fédération ou nous relions responsables, dirigeants dans leurs sections et des militants, des syndicalistes, des élus locaux, autant de personnalités qui amènent d’autres regards et produisent une surface de contact la plus large possible dans nos échanges. Vient s’ajouter aux deux premiers l’échelon exécutif départemental, qui centralise les 20 sections du département. Chaque section comprenant entre 15 et 100 adhérents ».
A titre personnel, cette fonction de Secrétaire Départemental vous procure quels types d’émotions ?
J.G. « Elles ont évolué avec le temps. Une première phase relève d’une certaine euphorie quand il s’agit d’impulser une dynamique tout en ajustant les fonctionnements. Ensuite vient la phase de reconquête de la confiance avec les élus et les différentes sections, ce qui a impliquée en moi une prise de maturité progressive. Aujourd’hui, je m’inscris dans une démarche d’accompagnement, notamment en favorisant l’émergence de nouveaux profils avec, dans mes priorités, celle de la féminisation du Parti. Car si la JC (Jeunesse communiste) est majoritairement féminine, ça n’est pas encore assez le cas dans les autres strates. Pour y parvenir, j’ai participé au lancement de l’assemblée annuelle des femmes communistes. A vous répondre, je prends beaucoup de plaisir et je tire beaucoup de satisfaction à observer des camarades qui s’émancipent dans l’action, qui prennent de l’assurance et de l’envergure »
Quel sera le prochain temps fort du Parti Communiste en Isère ?
J.G. « La fête du Travailleur Alpin. C’est un des festivals indépendants les plus importants de la région. La fête du Travailleur Alpin rassemble entre 3 et 6000 personnes selon les années. Cette année, le festival se tiendra cette année le dernier week-end de juin dans le parc Marius Camet, devant la mairie de Saint Egrève. Un lieu formidable avec une population familiale qui adhère pleinement à ce festival culturel. Cela ressemble un peu à la fête de l’Huma, en un tout petit peu plus petit. Le Travailleur Alpin existe depuis 1928 dans sa version papier et nous avons développé un site internet et une chaine YouTube depuis deux ans. Le Travailleur Alpin est une société coopérative dans laquelle la fédération de l’Isère est l’actionnaire majoritaire avec la préoccupation de développer un média spécifique du mouvement social sans être à proprement parlé un outil de propagande du PC. Le Travailleur Alpin propose une véritable qualité journalistique dans l’objectif de rendre les luttes visibles et d’éclairer nos lecteurs par le récit ».