
Fondatrice de LEADON, agence spécialisée dans l’accompagnement des élus dans la réussite de leurs mandats, Magalie Vicente multiplie sans relâche les rencontres avec ses podcasts, arpente les allées des meeting politiques, les plateaux des chaines infos ou elle distille son expertise de la chose publique. 7 ans après sa création, LEADON a déjà à son actif l’accompagnement de 2000 élus avec singularité : Que chacun puisse développer sa connaissance de soi afin de mieux communiquer auprès du public.
Votre parcours a surpris beaucoup de monde : élue municipale, responsable marchés, puis un départ pour Paris et la création de votre entreprise. Racontez‑nous cette trajectoire.
Magalie Vicente « J’ai passé dix ans à m’investir localement, d’abord comme élue municipale dans l’opposition, à Echirolles, ce qui n’est jamais facile, puis comme responsable marchés au conseil départemental de l’Isère. Mon service était très centré sur le juridique alors que je voyais l’urgence d’un basculement vers une logique davantage opérationnelle des achats. Ma mission était de faire évoluer ces pratiques. Mais il y avait une inertie terrible. Après deux ans, rester dans cet état d’esprit où rien ne bougeait était devenu impossible pour moi. Je suis quelqu’un qui aime être moteur, qui aime fédérer et impulser. Être dans un environnement qui bloque m’a rapidement pesé ».
Ce déclic a-t-il été uniquement lié au contexte professionnel ?
M.V. « J’avais traversé une période de remise en question après une campagne législative très compliquée, en 2017. Quand on s’engage avec conviction, on met beaucoup de cœur dans les campagnes ; et quand le résultat n’est pas au rendez‑vous, ça laisse des traces. À la quarantaine, on se pose naturellement des questions : qu’est‑ce que j’ai fait, qu’est‑ce que je veux faire ? J’étais séparée, mon fils était en internat à Thonon, et je n’avais pas d’enracinement familial fort sur le territoire — je suis née à Nancy, j’ai grandi dans la Drôme provençale. Le territoire où j’étais installée ne me semblait plus être le bon cadre pour mes projets ».
Votre décision de partir était-elle une décision préparée ou un saut dans l’inconnu ?
M.V. « Il y a eu un vrai cheminement intérieur. J’ai essayé de candidater, de voir si je pouvais rester dans la même veine professionnelle, mais les portes restaient fermées. J’ai appris que quand on n’est pas dans la bonne direction, les opportunités convoitées ne viennent pas et que parfois c’est un signe pour regarder ailleurs. En 2018 j’ai loué un camion, j’ai fait mes cartons. C’était un départ sans retour pour Paris. Ce n’était pas un geste d’orgueil mais de réalité : j’avais donné beaucoup à ce territoire, et je sentais que je ne pouvais plus y être pleinement moi‑même. Une fois à Paris, j’ai emménagé dans le 3°arrondissement et j’ai rapidement rejoint une agence de communication pour laquelle j’avais déjà collaboré en tant que candidate. Au départ, je faisais confiance au dirigeant avec qui j’avais œuvré auparavant. Mais quand on change de statut, de collaboratrice externe à salariée, on découvre les choses différemment. Au bout de sept mois, j’ai senti un vrai décalage de valeurs et d’éthique professionnelle. J’avais alors deux options : retourner vers une sécurité connue avec un poste de responsable achats, par exemple, ou bien oser l’aventure entrepreneuriale. J’ai choisi la seconde : j’avais déjà contribué significativement au chiffre d’affaires, j’avais l’énergie et le réseau. En un mois, j’ai monté ma structure ».
Vous créez alors Lead on. Quelle était la vocation de votre entreprise ?
M.V. « À l’origine, c’était un organisme de formation centré sur le leadership et l’accompagnement. Ma conviction : la formation doit être sur‑mesure, humaine et ancrée dans la réalité du terrain, pas du catalogue et des sessions standardisées. J’ai voulu transmettre ce que j’avais appris sur le terrain. C’est-à-dire comment construire une équipe, comment communiquer avec authenticité, comment préparer une campagne municipale. Nous avons fait beaucoup pour les municipales de 2020 : parcours d’accompagnement, formations pour élus et équipes, coaching opérationnel. Le modèle reposait sur la relation et l’adaptation aux objectifs précis des personnes que nous formions ».
Quels obstacles avez‑vous rencontrés en tant qu’entrepreneuse ?
M.V. « D’abord la crise Covid, qui a tout bouleversé. Ensuite, un changement de financement à l’échelle publique : la Caisse des dépôts a revu les règles d’utilisation de certains fonds destinés à la formation des élus. Les budgets sont devenus beaucoup moins attractifs, rendant économiquement fragile le modèle sur‑mesure que je souhaitais développer. J’ai dû me poser les questions habituelles pour tout dirigeant : quelle est ma valeur unique ? Qu’est‑ce qui me différencie et qui justifie que l’on investisse dans mon offre ? Pour moi, la réponse a été claire : l’authenticité et la communication personnelle. En politique comme en formation, être soi‑même est un vrai levier ».
L’authenticité comme un atout, un levier… Mais encore ?
M.V. « Quand j’étais candidate, je n’étais pas formatée ; je n’ai jamais essayé d’imiter un discours. Ce qui résonnait, c’était ma manière d’être, mon honnêteté. J’ai construit mes équipes et ma réputation là‑dessus. Ensuite, en entreprise, j’ai approfondi cette idée : mieux se connaître pour mieux communiquer. Nous travaillons avec des individus et des collectifs pour les aider à trouver leur voix vraie, à clarifier leurs messages et à structurer des actions concrètes. C’est un travail de fond, parfois incompris au départ, mais d’une grande efficacité ».
Avec le recul, que conservez-vous de ce parcours ?
M.V « Que les transitions sont possibles si on accepte d’entendre et d’écouter ce qui coince. Quitter un confort apparent n’est pas un abandon : c’est faire le choix de la cohérence. J’ai appris à transformer des échecs et des portes fermées en opportunités, à capitaliser sur mes forces — l’authenticité, l’empathie, le sens du concret — et à accepter qu’un modèle puisse et doive évoluer face aux crises. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir construit quelque chose qui me ressemble, même si le chemin n’a pas été linéaire ».
Quels sont vos projets ?
M.V. « Continuer à affiner l’offre, adapter les formats à des budgets contraints, développer des réponses hybrides (présentiel/distanciel), et surtout rester au plus près des besoins des équipes locales. J’ai toujours cette envie de transmettre et d’accompagner concrètement ».
