En marge de la visite, mercredi, à Grenoble, de Delphine Batho, présidente de Génération Écologie, Pascal Clouaire, vice-président pour l’Isère de ce mouvement, nous donne l’occasion d’échanger avec lui sur ce qui a été, ce qui est et ce qui vient, transformant ainsi un « i’ll be back » prophétique en un « I’m back » concret.

Ce week-end se tient la Belle Braderie dans les rues de Grenoble. Il est probable qu’on puisse y trouver une partie de ce qui constituait les convictions des Verts, version Tondelier-Chatelain, l’une et l’autre lorgnant les tribunes des Insoumis pour sauver leurs maroquins, la première à la tête de son parti, la deuxième pour son mandat de députée de la deuxième circonscription.
En amont de ce vide grenier, Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, ancienne ministre et présidente de Génération Écologie faisait mercredi une étape à Grenoble avec le triple objectif de rencontrer des élus de montagne, de consolider ses relations avec les représentants locaux de son parti et accessoirement de présenter son dernier livre, intitulé : La politique de la beauté.
Un livre qui a donné l’occasion d’une rencontre au troisième étage de la librairie Arthaud de Claire Criscuolo. Un rendez-vous avec un public attentif à ce qui était un temps d’échange littéraire tout autant que politique, animé par Pascal Clouaire, vice-président, avec Élise Colin-Madan, de Génération Écologie pour l’Isère.
Delphine Batho développant la raison d’être de son livre comme une volonté de chercher une réponse au trumpisme ambiant. « À cette impression de rouleau compresseur à l’échelle internationale, à la progression manifeste de l’extrême droite via un basculement de la situation géopolitique ». Un livre comme un manifeste du rassemblement de sa pensée, qui va bien plus loin que les hochets dogmatiques du passé, restituant les enjeux écologiques dans l’histoire de la construction républicaine de la France.
QUI VEUT LA PAIX PREPARE LA PAIX.
Un développement qui ne souhaite pas rester uniquement sur le terrain écologique afin d’éviter toute forme d’enfermement politique. L’ancienne ministre consacrant donc plusieurs pages de son ouvrage aux responsabilités régaliennes telles que la Défense nationale et la sécurité, domaines dans lesquels Delphine Batho souhaite assurer toute la crédibilité de Génération Écologie, mouvement qu’elle souhaite inscrire dans une volonté de gouverner et non plus seulement comme une variable d’ajustement liée à l’urgence climatique.
« Je considère que le besoin, dans tous les territoires de France aujourd’hui, de nos concitoyennes et de nos concitoyens, que les problèmes de narcotrafic et de lutte contre la délinquance soient pris au sérieux, ce n’est pas juste quelque chose qui est instrumentalisé politiquement par des adversaires ». Delphine Batho.
J’IRAI JUSQU’AU BOUT !
Car Delphine Batho le martèle à l’envie : elle ira jusqu’au bout ! Et la raison d’être de sa candidature à la présidentielle consiste à ne pas accepter la disparition de l’écologie politique. Ce qui, au surplus du cri et de la prophétie, peut révéler une malice politique du meilleur niveau puisqu’elle bénéficie de l’abandon programmé d’une partie des cadres des Verts au profit de LFI d’un côté et de l’autre, d’un Yannick Jadot, plus à l’aise avec la tiédeur européenne de Place Publique, formation politique sophistiquée, constituée d’aveugles qui parlent à des sourds. Dans cette partie de la grille de départ, Delphine Batho construit un couloir de nage, sous la forme unicellulaire qui peut même la protéger d’une quelconque primaire, inutile et fratricide. Mais après le tourbillon de cette visite de 24 heures, Delphine Batho reprend le train et poursuit sa croisade.
LE CHEMIN DE DAMAS
L’occasion pour les observateurs locaux de porter à nouveau leur attention gourmande sur Pascal Clouaire. Convalescent de l’aventure Grenoble Capitale Citoyenne et après un retrait volontaire de la scène politique locale en mars 2026 parce qu’il refusait de cautionner un système dont il observait la stérilité de ligne et d’action et après avoir expérimenté les limites des mouvements citoyens qui avaient pourtant longtemps guidés son engagement, Pascal Clouaire n’avait pas envie de jouer les seconds couteaux à l’abri de formations politiques supplétives.
« Je me suis tenu en dehors de l’arène depuis presque un an, pour comprendre, pour analyser et pour finir par admettre que pour agir au niveau local il faut s’adosser à un parti national. C’est contreproductif de fuir le rapport de force politique national. Pour conduire une action au niveau la structure d’un parti national est nécessaire. Quand j’ai analysé la ligne de Génération Écologie, il est devenu évident pour moi que c’était un parti qui me convenait : républicain, pragmatique, portant une écologie rationnelle, tout en restant intransigeant sur son refus de l’extrême gauche et de son chaos. Nous avons invité Delphine Batho cette semaine, parce que nous avons reconstruit une base militante solide. Nous avons besoin les uns des autres : Delphine a besoin de notre capacité à mobiliser localement, et nous avons besoin de sa stature présidentielle et de GE. Avec ma co-présidente, Élise Colin Madan, nous siégeons au Conseil National de Génération Écologie et nous participons aux réflexions de la campagne de 2027 depuis notre territoire. Nous allons creuser le sillon de l’écologie « républicaine universaliste, rationnelle et indépendante » parce que cet espace politique commence à s’ouvrir. Nous observons que le cycle portant une écologie dogmatique, moralisatrice et parfois identitaire, ouvert par Eric Piolle et par un travail militant bien avant lui, est en train de se fermer. Une « écologie de l’intérêt général de gouvernement » s’ouvre: elle est aujourd’hui de plus en plus évidente face au changement climatique. L’invitation de Delphine Batho est une première pierre pour construire un débouché politique et construire un clivage entre l’écologie du chaos, moribonde, et l’écologie qui émerge, celle de la beauté et du réalisme ». Pascal Clouaire
RETROVISEUR
Né en 1967, universitaire chevronné et père de deux enfants, Pascal Clouaire détient un palmarès d’actions significatives sur le territoire métropolitain. Son engagement qui prend sa source dès les années 2000 avec GO Citoyenneté, un mouvement pionnier fondé sur trois piliers : la culture, la démocratie locale et l’intercommunalité et qui s’inscrit dans une longue tradition Grenobloise de la démocratie participative : La Journée des Tuiles et l’Assemblée de Vizille (1788), L’invention du mutualisme ouvrier (1803), 1ère commission extra-municipale de France (Paul Mistral, 1921), Les Groupes d’Action Municipale (GAM) nés sous les mandatures d’Hubert Dubedout, dans les années 1970.
Il a notamment été un des pionniers des budgets participatifs avec le lancement à Grenoble des tout premiers budgets participatifs de France, une innovation pour la démocratie locale dans le pays. Dans le même domaine, il est à l’origine de la création des Rencontres nationales des budgets participatifs, un réseau toujours actif qui permet aux collectivités françaises d’échanger et de diffuser cette pratique.
Pendant 8 années, nommé par le Premier ministre au nom de l’Association des maires de France (AMF), il a siégé à la Commission nationale du débat public (CNDP), organisme qui a pour mission de garantir le droit à l’information et à la participation des citoyens sur les grands projets ayant un impact écologique et d’aménagement.
Pascal Clouaire a également piloté la Convention citoyenne métropolitaine pour le climat (CCC) : Certainement la démarche la plus transversale du mandat, impliquant toutes les politiques publiques pendant plus d’un an avec un plan d’investissement massif de 55 millions d’euros dès la première année.
Il a été un des chantres de l’expérimentation de l’interpellation citoyenne : un mécanisme inédit permettant aux habitants de déclencher une votation citoyenne ou d’imposer un sujet au conseil municipal à partir d’un certain seuil de signatures. Dispositif finalement retoqué par l’État via le tribunal administratif, car le droit français n’autorise pas la souveraineté populaire locale ainsi que l’auteur des innovations démocratiques à Grenoble et à la Métropole.
Pascal Clouaire a également conduit la politique culturelle de la Métropole en sa qualité de Vice-président, en charge de la culture (2020-2026). Une politique culturelle portée avec compétence et ambition par Christophe Ferrari et faisant suite aux transferts des grands équipements culturels sous la bannière métropolitaine (2017). Une délégation qui structurait la volonté métropolitaine à l’échelle des communes et qui englobait la MC2, la culture scientifique, les grands équipements comme le centre des sciences, l’ESAD, Cosmocité…
LONGUE PORTÉE
Fort de ce bilan, ce farouche défenseur de l’intellectualisme quand il nourrit et demeure au service de l’action, ne s’interdit pas de donner un nouveau souffle à son engagement. N’excluant nullement de figurer au tableau des prochaines législatives. Pascal Clouaire, qu’on aurait tort de réduire à ses iconiques chaussures jaunes, reste un infatigable marcheur pouvant être fier de n’avoir jamais trahi ni camp, ni conviction, au profit d’une mauvaise place ou d’un confortable fauteuil.