juin 3, 2026

Directrice de la programmation des arts performatifs et de la production au palais de Tokyo durant 12années, directrice artistique de la Villa Médicis à Rome, puis directrice d’une fondation en Suisse pour l’art contemporain, c’est avec ce parcours prestigieux que Vittoria Matarrese, architecte de formation, a été, le 27 avril, nommée directrice du Centre National d’Art Contemporain de Grenoble.

Dès son arrivée, Vittoria Matarrese a pu compter sur la qualité de la programmation de sa prédécesseuse, Céline Kopp, qui permet aux visiteurs d’admirer la grande exposition consacrée à Adrien Fregosi, artiste natif du bassin Grenoblois. Une exposition visible depuis le 14 mai et qui s’étend jusqu’au 3 janvier 207 et dans laquelle l’artiste, entouré de 12 autres créateurs invités, proposent plus de 80 œuvres dont l’imaginaire plaira sans conste aux publics de tous âges.

V.M « La nature architecturale du lieu est extraordinairement singulière. A l’opposé des white cube traditionnels. Cet atypisme est une richesse dont il faut tenir compte car c’est de cette exceptionnalité que peut naitre aussi des projets hors normes. Le CNAC, c’est aussi une surface de 3000m2 administrée par une toute petite équipe passionnée et investie dans l’exploitation et la gestion de ce lieu. C’est l’implication de cette équipe remarquable qui permet d’organiser et de mener à bien des projets si exigeants et d’une envergure telle que celle de l’exposition Fregosi ».

V.M « Il est encore prématuré de dévoiler ce qui composera le programme à venir. Toutefois, je peux vous indiquer que je réfléchis à une première phase d’exposition ou le lieu en lui-même prendrait une place centrale. Sans en refaire l’histoire, je souhaite dire en quoi ce lieu a été révolutionnaire, novateur, en quoi il a écrit une page importante de l’histoire de l’art contemporain. Ce qui est sorti de l’école du Magasin et ce qui est encore activable dans la pensée contemporaine, la trace laissée et dont nous sommes tous ici les héritiers. Il est capital de dire inlassablement en quoi ce lieu a été central dans la trajectoire de l’art contemporain.  Ce qui m’intéresse également, c’est de dire ce que le magasin a été avant d’être un centre d’art contemporain. Cette structure, que l’on doit à Eiffel stockait des structures de systèmes hydrauliques. Il était déjà dans l’ADN de ce lieu d’être dans l’agencement de ce que l’environnement, les montagnes apportent à la ville. Comme une passerelle entre l’écosystème paysagé de la ville et la ville elle-même. Parce que la montagne apporte également un système industriel, des savoir-faire, au travers ici d’un transport de systèmes hydrauliques. Il est pour moi essentiel d’illustrer la jonction pour le Magasin sa vocation originelle et ce qu’il est aujourd’hui et une volonté de réinscrire ce lieu dans le territoire.  Travailler avec le territoire est passionnant et les équipements culturels ne doivent pas être déconnectés de l’histoire qui les relie avec les bassins de vie sur lesquels ils sont implantés ». 

V.M « Grenoble bénéficie d’une échelle très agréable. Elle s’arpente à pied ou à vélo ce qui permet de s’y inscrire facilement. Et le quartier du Magasin est particulièrement riche. Une ville dans laquelle l’offre culturelle est très riche. Je pense au musée de Grenoble, au musée Dauphinois ou encore au musée Hebert, dont j’ai pu visiter les expositions. Des équipements d’une grande beauté et qui font preuve d’une grande créativité ». 

V.M « Elles sont nombreuses. Nos métiers se nourrissent et génèrent un climat émotionnel d’une grande intensité. Les personnes en charge des lieux, les artistes, le public. Nous sommes toutes et tous là pour converger vers l’émotion dans une dimension très originelle, parfois très intime parfois. L’art contemporain permet de travailler avec des artistes vivants, et notre devoir est d’accompagner ces artistes qui sont également, au-delà de ce qu’ils créent, des philosophes, des poètes, des concepteurs qui pensent le monde avec des regards portés qui sont différents de ce que la société actuelle autorise. Chaque projet, chaque exposition produit une nouvelle source d’innovation et donc renouvelle, à chaque fois l’émerveillement. Mon métier permet d’être la courroie de transmission entre l’artiste et le public, d’être le fil conducteur de ces émotions ».

« Mon métier permet d’être la courroie de transmission entre l’artiste et le public, d’être le fil conducteur de ces émotions »

Vittoria Matarrese.
— Sébastien Mittelberger
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