BRAQUO

Le conseil métropolitain de jeudi dernier n’a pas permis d’extraire le nom du prochain président de Grenoble Alpes Métropole. Si les deux premiers tours laissaient Raphaël Guerrero pointer en tête du leaderboard, chacun sait que le troisième tour fût marqué de trois événements majeurs.

L’image courante n’a pas de texte alternatif. Le nom de fichier est : unknown-1-1.jpeg

L’EMBELLIE CONTRE L’EMBOLIE Le premier par le retrait de la candidature d’Allan Brunon, chef de file des Insoumis, indiquant à l’assistance sa satisfaction d’avoir obtenu de la part de Guillaume Lissy l’assurance d’une gouvernance qui ne s’ouvrira pas à « la droite » en cas de victoire de ce dernier. Le deuxième de ces temps forts a été, du point de vue de tous, la prise de parole de Franck Longo, maire de Fontaine. Une prise de parole frappée du bon sens comme de la justesse, ramenant chacun et chacune des membres de cette prestigieuse assemblée à sa substantifique fonction, à son plus grand dénominateur commun, celui d’élu de la république. Une prise de parole, un discours qui devrait être repris et visionné à Science-Po tant il rappelle ce qu’est la responsabilité collective tout autant que les fondements de ce qu’est un Établissement Public de Coopération Intercommunal (EPCI). Une prise de parole ou, si le verbe est haut, le chiffre n’est pas oublié quand il indique qu’une victoire du camp Lissy serait finalement celle, bien étrange, d’une minorité de communes (11) contre la défaite d’une majorité de communes (38), aidée en cela par les 8 voix des Insoumis. Un discours interrompu par le malaise de Guillaume Lissy, s’effondrant, frappé par la fatigue, le stress emmagasiné ces derniers jours et selon son propre propos par « des contrariétés ».

Presqu’immédiatement, Françoise Fontana, présidente de séance, décida, après qu’il fut nécessaire de rappeler à l’ordre un média qui, dans la plus triviale des indignités, filmait le malaise de Guillaume Lissy, suspendait la séance pour finalement très vite la reporter, la santé de Guillaume Lissy prévalant incontestablement à toute séquence politique.Trois événements décisifs en quelques minutes. De quoi faire enrager les fâcheux, pour la plupart élus récents, prenant des postures de vieux briscards blasés et qui déjà trouvaient les débats trop longs.

UN SOUMIS. (Formule soufflée par un collaborateur politique subtile) Le premier des trois créait la surprise. Comment et surtout à quel prix Allan Brunon, révélation incontestée des municipales Grenobloises, César du meilleur candidat, dont l’ordre du jour comme l’ordre de marche forçaient jusque-là le respect, celui dont la ligne politique, radicale et verticale, confinait presque à la religiosité. Comment celui-là plus que tout autre a-t-il pu céder aux sirènes du candidat Lissy, filiale certes de la Holding Jean Pain, alors qu’il le vouait la veille encore aux gémonies, le titrant de « plus mauvais candidat de la gauche » ?

Quel peut être le deal passé entre des élus, des maires dont la vocation est de mutualiser les compétences au bénéfice des communes qui composent la Métropole et un groupe, dont la présence est certes légitime mais qui représente seulement un force politique distincte, sans qu’aucun maire n’y figure ? Comment ce groupe a-t-il la possibilité de tordre le bras ici comme il a tordu celui de Laurence Ruffin à Grenoble avec le magnifique passing shot de la fusion technique ? Comment la maire de Grenoble peut-elle, en toute conscience, associer son opposition de là-bas et la repeindre en majorité ici, à dessein, selon la nécessité du moment ?

PAR LISSY LA SORTIE ?? Guillaume Lissy, dans une interview donnée au Dauphiné Libéré ce dimanche, indiquait « à titre personnel » ne pas être opposé à une gouvernance métropolitaine associée à la droite et au centre. Plus encore il révélait ne pas se sentir proche de LFI, ce qui met à mal l’édifice présenté nuitamment jeudi soir et ayant conduit au retrait de la candidature d’Allan Brunon. Le maire de Seyssinet donnant la sensation d’être pris dans un tourbillon ou sa morale, son intégrité, se dispute à l’engagement imposé par sa candidature.

Tiendra-t-il jusqu’au jeudi dans une configuration ou il est écartelé entre un aveu sincère d’ouverture politique et le cahier des charges que lui impose certainement sa position de candidat d’une gauche plus radicale, refusant les compromis et les élargissements de gouvernance ? La négociation entre LFI et Grenoble s’est-elle déroulée en totale transparence avec Guillaume Lissy ou seulement partiellement ? Allan Brunon, en bon stratège, a-t-il posé un pied dans la porte en prenant en otage le camp Lissy-Ruffin avec une déclaration de retrait qui imposerait ultérieurement des réglages non prévus dans la négociation initiale ?

Tout cela n’est que supposition. Toutefois, la Métropole n’est pas la ville et les élus des travées de la place André Malraux ne sont pas exactement ceux qui siègent boulevard Jean Pain. Car dans l’hémicycle de la Métropole, près de la moitié sont maires de leurs communes, rompus aux affaires, aux négociations, portant bottes de pluie tout autant que souliers vernis, prenant parole, juchés sur les palettes chaudes des usines refroidies, mariant à souhait et décrochant des pendus. Ceux-là et celles-là connaissent la solitude de ceux qui doivent décider.

Dans une ville, il n’y a qu’un maire, 49 siègent à la Métropole. Celles et ceux qui souhaitent imposer de nouvelles règles et casser d’anciens codes devraient songer à la prudence quand ils entrent sur un stade de football avec un ballon de rugby.

Laisser un commentaire